Jules va se suicider. Virtuellement bien entendu, le bonhomme derrière le clavier partant vers d'autres aventures qui nécessitent, selon lui, le sabordage de cette identité numérique. C'est son analyse, son choix, je le respecte même s'il m'attriste, car c'est un blogueur de grande classe et un juriste pinailleur comme on en trouve peu.

Sa décision ne peut que m'interpeller, car je suis dans la même situation que lui, bloguant sous un pseudonymat, certes un petit peu plus fissuré que le sien, destiné à assurer une étanchéité avec "l'identité réelle" et à préserver l'avenir. Moi aussi sans doute, je serai amené à bouger professionnellement, à me retrouver dans d'autres milieux, avec d'autres contraintes, peut-être une autre culture face à la liberté d'expression. Pourrais-je continuer à blogueur comme je le fais ? pourrais-je assumer ce que j'ai signé un peu partout sur la toile depuis maintenant 6 ans ? La réponse dépendra de la situation à laquelle je serai confronté. Elle dépendra aussi de ma volonté de conserver cette identité numérique qui m'a beaucoup apporté, dans laquelle j'ai pas mal investi, et à laquelle je me suis attaché.

Finalement, une identité numérique est une seconde peau, mais ne change pas fondamentalement une personnalité. Elle permet éventuellement d'être un peu plus libre de ton, de dire les choses avec un peu moins de ménagement plus de troll. Elle permet surtout d'être protégé de la terrible mémoire du Net, de préserver sa véritable identité, celle de l'état-civil, qu'on ne peut pas changer (contrairement à ce qu'a pu dire dire bêtement un grand patron américain). Je ne suis plus si anonyme, le secret est largement éventé dans certains endroits, je le sais et quelque part, ça ne me dérange pas tant que cela. Du moins, cela ne me dérange pas tant que Google ne le sait pas et ne va pas le raconter à tout ceux qui cherchent sans avoir une idée, au départ, de ce qu'ils cherchent (parce que là, c'est assez facile de trouver).

Je ne ferai pas mourir Authueil. De toute manière, j'ai écrit trop de choses dans trop d'endroits où je ne peux rien effacer pour que cela serve à quelque chose. Par contre, je ne ferai jamais d'outing officiel non plus, comme a pu le faire Koztoujours. Ma seconde peau numérique s'adaptera à la situation de l'identité réelle sans se confondre avec elle, avec dans l'idée que jamais l'identité réelle ne puisse être mise en difficulté par Authueil. Jusqu'ici, j'assume pleinement tout ce que j'ai écrit, et je veillerai à ce que ce soit toujours le cas. L'anonymat n'existe pas sur le net, si quelqu'un veut vraiment lever un pseudonymat et chercher qui est qui, il finit par y arriver. A moins d'être un ermite, on finit toujours par se rencontrer entre blogueurs, parce que des contacts uniquement en ligne, ça devient vite insuffisant. Ne jamais rencontrer les autres, c'est finalement s'enfermer sur son blog, s'isoler de la communauté, limiter son audience et donc brider son identité numérique.

Une identité numérique distincte de l'identité réelle est utile, indispensable même. Mais il faut savoir la gérer (ce qui demande des contorsions par toujours confortables), et parfois, savoir en changer. Mais jamais, l'identité virtuelle doit prendre le pas sur l'identité réelle. Peut être que Jules, tel le Phénix, renaîtra de ses cendres (je l'espère). Finalement, ce qui apparaît comme un suicide n'est qu'une mue...