Que de cirque autour de la perte d'une note d'agence internationale. Pourtant, on le savait depuis plusieurs mois qu'on le perdrait, ce triple A. Et encore, ce n'est que dans une agence sur trois, les autres nous conservant le triple A. On a eu un défilé de politique de droite et de gauche qui nous ont sorti les conneries les plus énormes et surtout les plus stupides, pouvant se résumer à "je n'y suis pour rien, c'est la faute de l'autre". Les militants ont relayé ça sur Twitter, provoquant chez moi une nausée qui m'a éloigné de twitter pendant 24h. Si le reste de la campagne est de ce niveau, on ne risque pas de m'y voir.

Posons nous un peu. Est ce grave de perdre le triple A ? Certes, c'est le prétexte que vont prendre les prêteurs internationaux pour nous demander plus cher et alourdir le coût de la dette. Mais je ne pense pas qu'ils ait attendus cela, nos taux ayant augmenté (en comparaison avec l'Allemagne, c'est évident) depuis un certain temps. Symboliquement, c'est désagréable de sortir du club de happy few. Notre orgueuil de coq (seul animal capable de chanter les deux pieds dans la merde) va en souffrir. Pour le reste, la vie continue, les USA ont bien montré que cette perte peut ne pas avoir d'incidence réelle.

Cette dégradation est importante, car c'est l'occasion d'un diagnostic extérieur sur l'état de notre économie. C'est assez rare qu'en France, un étranger qui critique notre pays soit entendu. On préfère se référer à nos énarques et experts habituels, genre Alain Minc et Jacques Attali (c'est dire le niveau...) qui racontent peut être des conneries, mais qui savent si bien dire ce qu'on veut entendre et qui ont cet art inimitable de conforter, en temps qu'experts, les choix politiques qu'ils ont soufflé au gouvernement. De toute manière, les français sont nuls en économie, donc on peut leur raconter à peu près n'importe quoi (ce qu'on fait d'ailleurs).

Ecoutons donc un peu ce que disent les experts de SP. Ils commencent par aborder la question d'un point de vue européen. Une vision pays par pays n'a pas de sens quand on est dans une union monétaire. Première claque politique : il va falloir mettre en place une véritable politique économique européen, pas seulement une vague coordination où chacun fait finalement ce qu'il veut. Deuxième point, l'équilibre des finances publiques, c'est bien, mais c'est secondaire a coté de la compétitivité de l'économie. Et là, je marre !! rappelez vous tout le cirque autour de la "règle d'or". Et voilà que les agences de notation nous disent que s'il elle avait été adoptée, cela n'aurait rien changé.

Ce qui compte, c'est la compétitivité de l'économie, son dynamisme, bref, sa capacité à générer des recettes, et donc, in fine, le maintien d'une capacité de remboursement. Pour une fois, l'analogie avec les particuliers fonctionne. Pour les prêteurs, le cadre supérieur, même dépensier, toujours à découvert, reste un client plus intéressant tant qu'il conserve des perspectives professionnelles intéressantes. Par contre, le simple employé qui gère bien, jamais à découvert, mais sans grandes espérances de gros revenus à l'avenir, se verra chipoter des prêts que la cigale cadre su se verra octroyer. Sur ce sujet là, la France ressemble beaucoup au simple employé pour les perspectives, et au cadre supérieur pour la gestion. Quand on est dans une zone monétaire comme l'euro, ça complique tout, car il faut un minimum de convergence des économies. Or, le trou s'est creusé avec l'Allemagne, la seule vraie locomotive économique de l'UE. Mais là, on arrive sur la question de la survie de l'euro...

Comment ne pas voir que la France est un pays en voie de déclassement économique ? En dehors de l'économie semi administrée, celle des grosses entreprises publiques ou de celles qui vivent de contrats avec l'Etat et les collectivités, nous sommes nuls. Les start-up, on ne sait pas faire, le capital risque n'est pas dans notre culture. Un entrepreneur comme Xavier Niel est ici un OVNI, alors qu'il serait dans la "normalité" aux USA, il compris dans le style et dans l'historique de sa carrière ! En France, on ne connait que le crédit d'impôts pour mener des politiques économiques. Simplifier, supprimer drastiquement de la paperasse, on ne sait pas faire. Ou du moins on ne veut pas faire, car simplifier, c'est perdre du contrôle, laisser les gens libres d'agir, et là encore, ce n'est pas notre culture (malheureusement). La France est Colbertiste, c'est à dire un mélange d'étatisation de l'économie et de protectionnisme. Quelle que soit l'emballage, quand on creuse un peu, on retrouve ces deux ingrédients.

Cette formule n'est malheureusement plus opérante. Pour le protectionnisme, c'est fini, il faut faire le deuil (les industries culturelles n'ont pas compris, mais leur tour viendra). Et sans protectionnisme, l'absence de dynamisme de l'économie semi administrée est patent. Comment faire la course à arme égale quand on a un boulet administratif aux pieds ? On nous demande là une réforme impossible, car elle revient à aller contre notre "génie national". On a tenté, ces cinq dernières années, de créer quelque chose de dynamique, sans entraves administratives, où le chef d'entreprise n'a à se préoccuper que de son activité, sans se demander sans cesse s'il est bien dans les clous des innombrables règlementations, s'il a bien rempli tous les formulaires. Ça s'appelle l'auto-entrepreneur. Le décollage a été fabuleux, puis ça c'est tassé, et le statut est en train d'être assassiné par l'administration, qui n'a pas accepté la perte de contrôle et de pouvoir pour elle, aidée par les artisans du bâtiment (et les artisans en général) qui ont vu surgir un concurrent dynamique. Plutôt que de faire l'effort de se mettre à niveau (comme par exemple accepter les petits chantiers de réparation chez les particuliers) ils ont préféré faire du lobbying pour éliminer le concurrent (réflexe protectionniste).

Je suis donc très inquiet après les explications de Standard and Poor's, car le sujet n'est pas simplement de faire des économies (c'est douloureux, mais on sait comment faire) mais aussi de donner une vraie compétitivité à notre économie. Cela implique un véritable viol de notre "identité nationale économique" et risque donc d'être politiquement inacceptable. Je suis curieux de voir comment les différents candidats crédibles vont analyser cet avertissement dépourvu d’ambiguïté, et quelles propositions vont suivre. Je crains fort un concours d'autruches mettant la tête dans le sable et refusant d'accepter qu'il y ait un problème de compétitivité de notre économie.