Il assez amusant de voir combien les parlementaires, quand ils ne sont pas à des postes de responsabilité (et parfois même quand ils y sont) ne savent pas comment fonctionne l'institution. Marie-Christine Blandin, pourtant sénatrice depuis 2001, vient d'expérimenter cela. Toute nouvelle présidente de la commission des affaires culturelles, elle découvre ce qu'être dans la majorité veut dire. Et elle le retranscrit avec une candeur rafraîchissante et assez instructive.

Lors de l'examen du texte sur la Copie privée, elle a découvert, et c'est très intéressant, comment les fonctionnaires du Sénat entourent et "protègent" les sénateurs, et particulièrement les "dignitaires". Elle s'est étonnée que dans le compte rendu de la commission, son vote et celui de son collègue verts n'apparaissent pas explicitement. Il est juste signalé que son amendement n'a pas été adopté. Pour expliquer cela, les services lui disent que l'on enregistre les votes des groupes, et que comme elle faisait administrativement partie du groupe PS, elle s'est trouvée englobée. C'est une explication complètement pipeau !! Dans le compte rendu, il aurait été très facile d'indiquer une prise de parole de la présidente et du rapporteur, où on leur fait dire qu'ils votent pour. Ça se voit régulièrement dans les comptes rendus, que ce soit de séance ou de commission, quand un député prend la parole pour dire ce qu'il vote, afin que ce soit justement marqué au compte rendu.

La vraie explication vient après, et est édifiante "D’autre part l’auteur du compte rendu a pensé (sincèrement je crois) qu’il n’était pas bon de fragiliser « la présidente de commission » en la montrant isolée et non suivie sur un amendement". Le rédacteur du compte rendu (en fait, le responsable de la commission, qui relit forcement tous les comptes rendus) s'est senti obligé de "protéger" la présidente de la commission, en arrangeant le compte rendu. Et le pire, c'est que ça semble naturel. C'est donc le cas partout : les comptes rendus ne sont pas une transcription mot pour mot des débats, mais un "compte rendu", c'est à dire la traduction claire et juridique solide de ce qui s'est décidé, et de la teneur des échanges. Mais avec un habillage qui lisse et gomme les aspérités, évite de mettre en lumière les maladresses des uns ou des autres, voire édulcore des échanges, ou pire, affadit des prises de position tranchées... Ce qui a pu apparaître comme un affrontement violent aux témoins directs devient un échange à fleurets mouchetés dans le compte rendu.

Marie-Christine Blandin a parfaitement saisi l'enjeu : "nous touchons vraiment une question de culture politique" et surtout, elle se positionne comme n'adhérant pas à cette culture où l'institution protège, mais aussi étouffe l'expression des politiques. Sur ce plan, l'Assemblée nationale fonctionne aussi un peu comme ça, mais nettement moins que le Sénat, qui est un véritable cocon. C'est un vrai sujet ! On voit comment les élus sont pris dans la toile du fonctionnement de l'institution, et quelque part, se font dominer par les fonctionnaires, un peu comme autrefois, les empereurs chinois étaient sous l'emprise des eunuques de la cité interdite, prétendument serviteurs, en fait maîtres de l'interface entre le politique et le reste de la société, pouvant "tirer" la décision dans un sens ou un autre. Politiquement, ça pose question...

Les Verts sont parfois des fous furieux sur les sujets de fond, des allumés, mais ils ont une fraîcheur dans le comportement et dans la "culture politique" quant au fonctionnement des institutions qui peut amener les choses à changer. En fait, ce sont les seuls trublions, les socialistes et les communistes s'étant depuis bien longtemps installés dans le confort douillet et anesthésiant des institutions de la république... C'est pourtant par les marges et les marginaux que viennent les évolutions et les sauts qualitatifs. Finalement, cette bande de sénateurs Verts (hormis Placé qui est leur contraire absolu) me semblent bien sympathiques et porteurs d'espoirs de changements dans les pratiques internes des assemblées (qui en ont plus que bien besoin).