Cet après midi, au colloque SACEM-SACD de la coalition pour la défense des intérêts des industries culturelles, Aurélie Filipetti a fait sa première intervention publique en colloque, en tant que conseillère "culture" du candidat François Hollande. C'est une députée, qui a réussi à s'imposer et à se faire élire à la force du poignet, sur sa valeur personnelle. Elle a donc passé une étape importante, celle qui fait la différence entre les apparatchiks et les vrais politiques. Je n'attendais certes pas un show grandiose, mais pas non plus ce niveau de maladresse. Elle a fait une entrée en matière à peu près aussi réussie que celle de Fleur Pellerin...

Lors de son intervention, elle a lu un texte. Qu'elle soit prudente sur ce qu'elle dit, vu les mésaventures de sa collègue du numérique, c'est parfaitement compréhensible. Cela a donné une intervention globalement assez terne (le mot est faible) et très "scolaire", avec un flot de banalité. Bref, bien peu de contenu, mais tant que le projet officiel avalisé par le candidat n'a pas été arrêté, les porte-paroles n'ont pas grand chose à se mettre sous la dent. C'est l'un des problèmes de la campagne de François Hollande, qui s'est déclaré officiellement sans projet construit. L'UMP a suivi une autre voie, avec un programme en cours d'élaboration, sans doute au même stade d'avancement que celui de François Hollande. Mais Nicolas Sarkozy ne s'étant pas officiellement déclaré, il n'a pas d'équipe de campagne, donc pas d'ennuis de ce oté là à devoir exposer médiatiquement des gens qui n'ont rien à dire. Jusque là donc, rien de surprenant.

Et puis d'un seul coup, Aurélie Filipetti a dérapé. Elle a sorti de son chapeau une proposition qui n'avait jamais été évoquée auparavant, sauf peut être dans le secret des brain storming de l'équipe de campagne. Elle a proposé qu'une licence créative soit prélevée sur chaque inscription universitaire, afin de permettre à tous les étudiants d'avoir un accès à la culture. Apparemment, ce serait une somme minime de l'ordre de 2 à 5 euros, obligatoire, qui donnerait accès à des catalogues de contenus culturels en ligne. Bref, elle nous a annoncé la licence globale pour les étudiants. Et en plus, elle l'a fait dans un colloque organisé par les SPRD, les sociétés de gestion de droits d'auteurs, dont l'hostilité à toute forme de licence globale est féroce. Pascal Rogard, directeur général de la SACD, a d'ailleurs immédiatement réagit en déclarant que toute forme de licence globale est une expropriation des artistes...

Ce n'était que la première réplique. Quelques minutes plus tard, Aurélie Filipetti se retrouvait prise à partie par Jacques Toubon, l'un des intervenants de la table ronde, sur hadopi, DADVSI et le rôle de la gauche dans leur adoption. Celui ci a trouvé un relais dans la personne de Pascal Rogard, qui s'est fait un plaisir de participer à l'attaque, Aurélie Filipetti se retrouvant prise en tenaille entre deux débatteurs qui ne la lâchaient pas. Elle a en plus commis l'erreur de rentrer dans leur jeu en leur répondant sur le mode "je ne peux pas vous laisser dire ça". Les deux autres n'attendant que ça l'on ainsi relancé trois fois, avant qu'elle ne lâche prise, Pascal Rogard s'arrogeant le mot de la fin et passant le micro à l'intervenant suivant, qui a détendu l'atmosphère en se présentant comme un casque bleu...

Une telle maladresse d'Aurélie Filipetti est surprenante. Balancer une proposition validée nulle part, certainement pas par François Hollande est une erreur énorme, car maintenant, il va falloir rétropédalage (un de plus). Mais en plus, le faire à cette occasion, c'est comme annoncer le programme d'une corrida à un congrès de la SPA, le meilleur moyen de se faire prendre à partie. Ce qui a été le cas. Je pense que des téléphones portables ont du déjà sonner dans l'entourage de François Hollande. Pour une première sortie officielle, c'est une réussite...