Jack Lang est un personnage assez sidérant, et je dois avouer hors normes. Pour quelqu'un qui ne travaille pas ou si peu, il a une capacité stupéfiante à rebondir et finalement à survivre, dans un milieu politique pourtant bien doté en crocodiles au cuir épais. Ce type est d'une mauvaise foi phénoménale, mais avec un tel flair en terme de communication que, finalement, il mérite le respect.

Après avoir batifolé à travers le monde, s'être occupé des pirates somaliens à l'ONU, Jack Lang a retrouvé le chemin de l'Assemblée nationale. Je l'y ai récemment croisé à plusieurs reprises, toujours aux abords du restaurant (l'hémicycle, faut pas pousser...). Visiblement, il a aussi retrouvé le chemin du Pas-de-Calais, car il yb a une petite formalité en juin prochain, pour conserver un statut social, une paie et un secrétariat pour les 5 prochaines années. Mais voilà que la fédération du Pas-de-Calais est en train de suivre le chemin de celle des Bouches-du-Rhône dans l'opprobre. Il est donc urgent pour Jack Lang de s'en désolidariser, tout en donnant l'impression d'en prendre la défense.

Il vient donc de balancer un communiqué où il annonce engagé des poursuites contre Arnaud Montebourg, suite aux propos de ce dernier sur les "pratiques" de la fédération socialiste du Pas-de-Calais. J'ai hurlé de rire ! Que Jack Lang ait quelque chose à voir avec la fédération socialiste du Pas-de-Calais est impossible. Certes, formellement, Jack Lang est député PS du Pas-de-Calais. Mais sociologiquement, c'est un OVNI (et le mot est faible) dans le paysage du Pas-de-Calais. C'est même un martien ! D'ailleurs, Jack Lang ne va pas beaucoup dans le Pas-de-Calais... S'il est devenu député là-bas, c'est parce qu'il a été repêché après son fiasco de 2001 à Blois, où après avoir annoncé qu'il était candidat à la mairie de Paris, il s'est quand même représenté aux municipales à Blois parce que Delanoé l'avait doublé à Paris. Les électeurs du Loir-et-Cher avaient assez peu apprécié (il y avait de quoi). Jack Lang étant donc à la recherche d'une circonscription en or, du genre où même une chèvre, avec la bonne étiquette, serait élue, a atterri dans le Pas-de-Calais. Il aurait tout aussi bien pu atterrir dans les Bouches-du Rhône. Il débarque donc à Boulogne, dans un endroit acquis à gauche, où le parti a fait place nette. Comme en plus, il a un bon carnet d'adresses à Paris et peut rendre des "services" (entendez faire du lobbying), il est élu dans un fauteuil.

La démarche est habile. D'abord, elle lui permet de faire parler de lui dans les médias. Pour ça, il est prêt à tout, car il sait que son avenir national (car il en a encore un) dépend de sa capacité à exister dans les médias et dans le palmarès des personnalités préférées des français (les deux sont très liés). L'objectif de cette omniprésence est d'être incontournable lors de la formation d'un gouvernement en cas de victoire de la Gauche. Deuxième objectif, apparaître comme "solidaire" de ses "petits camarades" du Pas-de-Calais, même si en fait, ce communiqué est le baiser de Judas. Officiellement, il n'y aura rien à lui reprocher. Enfin, en étant le premier à sur-réagir, il montre, en creux, qu'il n'a strictement rien à voir avec les pratiques, sans doute pas très reluisantes, du PS du Pas-de-Calais.

Une telle vitalité, à 72 ans, m'épate. Il n'est plus question d'aimer ou de détester Jack Lang. Il est au delà de tout cela. Une telle capacité à survivre, à rebondir est proprement stupéfiante. Voilà un type que la quasi totalité du PS aimerait mettre dehors, enterrer, éliminer. Il est toujours là, aux avants-postes, ministrable. C'est le seul ministre de 1981, avec Fabius, à être dans cette position. Quelque part, j'ai envie de dire "chapeau l'artiste"...