François Hollande vient de publier la liste de ses équipes thématiques, ceux qui ont, a priori, vocation à composer son gouvernement. Cela ressemble à une armée mexicaine, avec beaucoup de chef, des secteurs parfois microscopiques, mais c'est difficilement évitable, tellement il y a d'ego à satisfaire et de clientèles électorales à caresser dans le sens du poil.

Le pôle éducation et jeunesse est bien fourni, c'est un peu normal, c'est un électorat et un sujet un peu fétiche des socialistes, même si les enseignants ne sont plus aussi fidèles au PS. Ce n'est de toute manière pas possible au PS d'en être absent. Il y a même un "chargé des relations avec les experts" dont je me demande à quoi il servira, sinon à éviter que Hollande se fasse flinguer par les sommités du monde de l'éducation. La jeunesse est à la fois dans le pôle éducation et avec un pôle spécialisé. Où est la cohérence ?

Sur la Culture, on se demande un peu quelle est la légitimité d'Aurélie Filipetti, que l'on a jamais vu sur ces sujets au Parlement, mais au moins, ce n'est pas un fidèle serviteur des SPRD comme Bloche ou Rogemont qui occupent la place, c'est déjà beaucoup. Le découpage entre chargés de mission est étonnant. Il y a quelqu'un chargé spécifiquement des enjeux numériques de la Culture. Au moins, le PS a pris conscience qu'il y avait là un vrai sujet ! je serais curieux d'entendre ce que Didier Mathus (autre grand absent de ces sujets au Parlement) va nous dire, car dans son portefeuille, il y a Hadopi, mais aussi et surtout les problèmes auxquels Hadopi a été une tentative (pas très concluante jusqu'ici) de réponse. Patrick Bloche s'occupera d'audiovisuel, il connait le sujet, Michel Francaix de Presse écrite. Ce dernier découpage m'apparait bien étroit, et je crains que son travail ne se résume à promettre toujours plus de subvention à un segment crucial pour les élections. Les problèmes des médias d'information sont globaux, et ne se limitent pas à la presse écrite. Un autre sujet où je suis curieux de savoir ce que va proposer le PS. Enfin, le reste de la culture est sous la houlette d'une seule personne. Ça fait un portefeuille bien large, qui ressemble un peu à "ce qui reste" quand on a ciblé les thèmes et lobbies importants qui justifient un chargé de mission dédié.

Le pôle économique n'appelle pas de remarque particulière, les découpages sont assez cohérents. Même si les agriculteurs vont gueuler, je pense que c'est une bonne idée de les mettre avec les autres productions industrielles. Le temps où le monde agricole était assez puissant pour avoir un ministère dédié semble révolu. A coté, on a un pôle "économie solidaire", avec trois personnes chargées de la législation. J'ai beaucoup de sympathie pour l'économie solidaire, mais ce n'est pas avec ça qu'on fait de l'emploi et de la croissance. Si en plus, on veut en faire un secteur "suradministré", on va voir arriver des usines à gaz qui couteront cher au contribuable. Qu'est ce que la coopération agricole ? Que vient faire ici l'intégration sociale ? Un beau bazar, mais venant du PS, ça n'a rien de surprenant. On est sur leurs marottes.

L'économie numérique est également présente, mais s'occupant uniquement de numérique. Le grand ministère transversal du numérique ne semble plus être à l'ordre du jour. C'est finalement un petit pôle, avec l'innovation et l'e-bussiness, ce qui est l'essentiel. L'aménagement numérique du territoire, en plus chapeauté par un élue de montagne, cela va se résumer à réclamer de la fibre pour tout le monde, surtout pour le rural profond. On sera beaucoup plus dans l'aménagement du territoire que dans le numérique.

L'aménagement du territoire est assez disparate, mais avec des découpages révélateurs. Territoires, services publics, ruralité et fonction publique sont dans le même pôle, avec l'artisanat dont on se demande ce qu'il fait là. Cela traduit une vision assez singulière de la fonction publique, qui est vue comme une présence physique concourant à la lutte contre la désertification des territoires ruraux. Cela me dérange un peu, car la fonction publique est plutôt rattachée aux finances. C'est un choix fort, donc de ne pas aborder la fonction publique comme un coût. Mais c'est aussi le signal que ça va embaucher, pour assurer une présence plus qu'une productivité. Cela me désole, car on est ici sur la vision du service public comme ne pouvant être rendu que par des fonctionnaires, de préférence en nombre. C'est un des points qui m'alarme le plus. Si j'admet que la RGPP a été particulièrement brutale, un redimensionnement et un repositionnement des missions de la fonction publique est indispensable.

Pour le pôle environnement, on se rend compte que cela a été compliqué. La responsable globale est Marie Hélène Aubert, ancienne députée verte entre 1997 et 2002. Rien qu'à l'énergie, on trouve trois personnes, dont au moins un François Brottes, est clairement pro nucléaire (en plus d'être très compétent sur les questions d'énergie en général). Comment va fonctionner le trio ? l'affaire semble suffisamment compliquée pour qu'on ait nommée une... chargée de l'animation du pôle !! Son boulot va sans doute consister à éviter les couacs et à servir d'intermédiaires entre les personnes qui ne peuvent pas se voir au sein du pôle. Je note un choix politique fort de mettre l'énergie dans le pôle environnement, alors qu'à droite, l'énergie dépend des affaires économiques.

Le pôle finances publiques est peuplé de costauds (du moins certains), qui connaissent bien leur sujet. C'est rassurant. Par contre, le choix des thématiques prioritaires me surprend. J'aurais nommé une personne chargée de la réforme fiscale, car voilà un sujet brulant devant lequel Sarkozy a reculé, et qu'il faudra pourtant attaquer. Notre droit fiscal est à refonder. Par contre, deux personnes sur la régulation financière, qui ne relève pas tellement du niveau national, ça sent la démagogie, d'autant plus que Christian Eckert n'est pas sur une ligne "modérée"...

Le social est bien entendu présent. Il est même pléthorique et non exempt de doublons. Une chargée des personnes âgées, une autre de la dépendance (qui est il est vrai un gros sujet en soi), une autre des retraites. L'électorat âgé trouvera à qui parler ! Par contre, pour un pôle qui commence par "social", c'est un peu léger sur l'assistance aux plus fragiles. Le pôle travail emploi est solide (Vidalies connait son sujet) mais qui ne m'apparait pas tellement en mesure d'innover. Certes, la souffrance au travail n'est pas à négliger, mais de là à en faire un "grand chantier". On reste encore toujours dans une vision sociale, mais pas tellement économique de ce pôle. Encore un tropisme habituel du PS.

Le sociétal se taille ensuite une belle part : un pôle pour l'égalité hommes-femmes (le lobby féministe) et un autre pour l'immigration, avec à chaque fois, la thématique des discriminations mises en avant. Les handicapés, par contre, ne sont qu'une partie du pôle social. Et en prime, un pôle "questions sociétales", pour le lobby gay, le lobby de l'euthanasie. On voit les lobbies qui sont entendus au PS, qui est plus que jamais à l'écoute des communautarismes.

En fin de liste, on trouve l'international et l'outre-mer. L'outre-mer confié à des outre-mer. La gauche reproduit l'erreur de l'UMP. Il ne faut jamais confier l'outre-mer aux outre-mer, sous peine de créer des jalousies et des suspicions de favoritisme. Quatre personnes pour les français de l'étranger, c'est excessif. Un pôle français de l'étranger, mis à part pour faire de la retape électorale, c'est totalement inutile. Les affaires étrangères sont traitées sous un angle encore très "tiers-mondiste", avec un pôle entier pour la coopération où tous où presque semblent se chevaucher. Quelle différence entre la coopération décentralisée (qui sert d'agence de voyage aux collectivités territoriales socialistes) le co-développement, les relations Nord-Sud ? Le pire, c'est que dans le pôle international, on trouve quelqu'un pour les relations avec l'Afrique (la Françafrique se porte bien) et un autre pour les politiques de développement. Pour accroitre encore le bordel, il n'y a pas de "patron" mais deux "animateurs", avec Jean Louis Bianco en charge des "grandes orientations", bref de l'essentiel... Je sens qu'on va se marrer avec ce beau panier de crabes.

L'impression globale est assez mitigée. Il va falloir mettre de la coordination dans tout ça, éviter les chevauchements et les rivalités. Fleur Pellerin et Aurélie Filipetti se sont déjà affrontées sur la tutelle du sujet "hadopi" avec victoire de la dernière, qui a cantonné sa rivale aux tuyaux et aux services, gardant pour elle les contenus. Sur l'environnement, je pense que ça ne va pas être triste non plus. Pour le reste, on reconnait bien la gauche française dans certains choix, tant pour les sujets mis en avant que dans les découpages et regroupements thématiques. En même temps, sur pas mal de sujets, les ténors sont là, ceux qui connaissent et maitrisent, ceux dont l'absence serait un signal très négatif.