Les propos de Vallini, député devenu sénateur sur sa nouvelle maison m'ont beaucoup amusé, vous devez vous en douter. Comparer le Sénat à un bordel des années 30 est assez cocasse. Ce qui est le plus drôle, c'est de sentir le désarroi d'un grand baron local, qui s'était fait sa petite niche à l'Assemblée, débarquer dans une autre chambre, où personne ne l'attend, ne l'aide et où on n'aime guère les individualités flamboyantes (du genre Vallini...). Il a à la fois raison et tort...

Comparer le Sénat à un bordel des années 30 est assez imagé et pas faux. C'est vrai que quand on visite les locaux du Sénat, c'est sombre et assez mal éclairé, capitonné avec des tentures, de la moquette épaisses, beaucoup de rouge. La comparaison avec un vieil hôtel de luxe, un peu défraichi et criard est possible. Il faut dire aussi qu'au Sénat, on vit bien, le restaurant est plus que correct et si la moyenne d'âge des sénateurs est sensiblement la même que celle des députés, le tour de taille est sans doute plus élevé au Sénat. Quant à la présence de demoiselles de petite vertu, je n'ai que des oui-dire de seconde main comme quoi les sénateurs ne se privaient pas non plus, tout comme les rumeurs sur le train de vie en général (voiture et appartements de fonctions, remboursement généreux de frais). Apparemment, le sénateur Vallini a découvert des choses qu'il ne s'attendait pas à trouver au Sénat. Mais le connaissant un peu de réputation (il a été député), il aurait fini par s'accommoder assez bien de vivre dans un bordel des années 30...

En fait, l'essentiel du propos de Vallini n'est pas là, mais dans ce qui précède : "il n'y a pas de journalistes, il ne se passe rien". C'est un véritable cri de détresse de junkie en manque ! Il lui faut de la lumière, des projecteurs, des caméras, c'est vital pour lui. C'est clair qu'il doit être malheureux au Sénat, où on déteste les journalistes, trop curieux par nature, les caméras et les individualités flamboyantes. La devise du Sénat pourrait vraiment être "pour vivre heureux, vivons cachés". Cela donne des dérives, résumées en partie par "bordel des années 30", mais également la possibilité de mener un véritable travail de fond et une grande liberté de vote. Les sénateurs, par leur mode d'élection, ne sont pas (trop) dépendants des cycles politiques et du calendrier présidentiel et gouvernemental. Avant, quand vous étiez élu pour 9 ans sans risque de dissolution, par des grands électeurs qu'ils vous suffisait de choyer et d'arroser de subventions, avec une stabilité politique du département, vous faisiez ce que vous vouliez ! Même si les choses ont évolué depuis 10 ans, avec notamment un basculement à gauche, la "culture" sénatoriale n'a pas encore suivi. Les "traditions" de la maison sont toujours très prégnantes, portée par les hauts fonctionnaires du Sénat, véritables gardiens du temple (pour le meilleur, mais aussi trop souvent pour le pire).

Pourtant, il s'en passe des choses au Sénat. du moins en temps ordinaires, car cette période octobre 2011-février 2012 est un peu hors norme. D'abord, les sénateurs travaillent, pour de vrai (du moins une partie d'entre eux), avec des missions d'information approfondies, sur des sujets pas très sexy, certes, mais essentiels. Qui sait que la réforme de la prescription civile n'aurait jamais vu le jour si les sénateurs ne s'en étaient pas emparé ? Déjà, qui sait, à part les spécialistes, qu'il y a eu une récente réforme de la prescription civile ? Personne sans doute, car ce n'est pas avec ça qu'on attire les journalistes. Et pourtant, elle participe d'une amélioration de mécanismes juridiques qui touchent absolument tout le monde. Jusqu'au début des années 2000, la gauche n'ayant aucun espoir de faire basculer le Sénat, une cogestion avait lieu. On oubliait un peu son étiquette politique en entrant en commission, pour se pencher sur le travail de fond, comme on peut le faire dans un conseil municipal de petite commune rurale. De fait, les sénateurs ont toujours détesté le cirque qui se déroule à l'Assemblée nationale, où les clivages sont exacerbés, au détriment de la qualité du travail législatif.

Il est donc évident, vu l'état d'esprit et le mode de fonctionnement du Sénat qu'André Vallini ne pouvait qu'y être malheureux. Il est en plus arrivé à un moment de basculement, où une grande redistribution des places a lieu. D'ailleurs, le seconde tournée, celle des présidences de groupes d'études et d'amitié et des délégations dans les organismes extra parlementaires, est en train d'être bouclée. Ce fut sans doute une grande foire d'empoigne et un nouveau venu, qui ne connait pas et n'est pas connu au Sénat risque de ne ramasser que des miettes. C'est sans ça qui a du faire le plus de mal à Vallini, qui a une haute appréciation de sa personne : devoir recommencer à la base...