Oui, vous avez bien lu, je suis d'accord avec Yannick Noah. Événement rare et mémorable ! Ses propos sur le dopage, où il pointe clairement les espagnols, mais aussi l'ensemble du sport business, ne sont malheureusement pas dénués de fondements. Comment se fait-il que l'on continue à avoir des contrôles anti-dopage positifs, que les coureurs du Tour de France roulent toujours comme des Ferrari, que l'on continue à avoir des performances aussi spectaculaires quand on pensait que les records avaient été établis pour longtemps ?

La violence des réactions est sidérante, mais pas surprenante, car le sport-spectacle et le sport business sont devenues des industries très rentables qui vendent du rêve. La première est celle des médias : le sport spectacle fait de l'audience et créé un univers dont on peut extraire beaucoup de "contenus" annexes comme les potins sur les stars. Des journaux et des magazines ne vivent que de ça, et en vivent très bien. La deuxième sphère est celle du commerce, car l'audience générant de la visibilité, les sportifs sont devenus des hommes sandwich, qui gagnent bien plus avec leurs contrats publicitaires qu'avec leurs primes sportives. Par dessus, il faut rajouter une couche d'appartenance et de lien social qui renforce encore plus l'attraction du public. On "admire" les performances, mais on soutient également son équipe locale et ses champions nationaux.

A coté de tous ces enjeux, la question du dopage ne pèse pas toujours très lourd. Mais elle ne peut pas être évacuée car le sport business s'est construit sur une ambiguité, celle de faire croire qu'il est toujours dans la lignée de Pierre de Coubertin et du sport "amateur au service du développement de l'homme". Il faut donc continuer à faire croire que les sportifs tourne à l'eau de source, alors même qu'on leur demande des performances inouïes, tant dans la qualité de la performance que dans la quantité. Cela fait bien longtemps qu'ils se "dopent" le plus légalement du monde avec une alimentation très étudiée, un soin corporel soutenu (masseurs...) et toutes sortes de techniques de récupération. Et puis il y a les techniques qui dépassent la limite, et sont qualifiées de "dopage" (sachant que la frontière évolue, mais ça, il ne faut pas le dire).

Admettre officiellement le dopage, c'est quelque part renoncer à cet idéal de pureté, auquel le public est encore naïvement attaché. Les "performances" en seraient ternies, et donc limiteraient l'attrait du public pour le sport concerné. De fait, les gains financiers seraient atteints. Il faut donc maintenir un semblant de fiction et ne jamais avouer, même si personne n'est dupe, le public en premier. Il se doute bien qu'il y a des produits, mais ferme les yeux tant que l'évidence ne lui est pas mise sous le nez de manière indiscutable. On fonctionne comme ça depuis toujours : quand un sportif se fait prendre, c'est un dérapage individuel, en aucun cas un système généralisé.

Il y a quand même une limite, c'est celle de la compétition entre les nations. Tant qu'il ne s'agit que de sportifs à titre individuels ou roulant pour une équipe avec un nom de marque commerciale, ce n'est pas grave. Mais quand c'est un équipe nationale qui s'amuse à truster tous les titres, ça passe moins bien. Une limite est franchie et permet, légitimement, aux autres de gueuler. Cela permet de lever un coin du voile sur la réalité de ce business et de poser la question qui fâche et à laquelle le monde du sport ne veut surtout pas répondre : Amateur ou professionnel ? Dans l'idéal de Coubertin et cashmachine assumée ?

Comme à chaque fois, le boisseau sera vite remis sur la chandelle, les enjeux sont beaucoup trop importants. Mais il faut saluer le courage de ceux qui osent mettre les pieds dans le plat. Contrairement à d'autres engagements médiatiques gentillets et sans risque (contre le mal, la guerre...) Yannich Noah prend ici des risques car c'est un coup à se faire de gros ennemis et à se prendre des boomerangs dans la figure.

Personnellement, cela fait bien longtemps que je ne m'intéresse que de très loin au sport business. D'ailleurs, je ne m'intéresse que de très loin à ce qui est diffusé sur les médias audiovisuels. Le taux de déchets est bien trop important par rapport aux quelques produits qui peuvent effectivement présenter un intérêt. L'infotainement et le divertissement me laissent totalement froid. J'ai comme l'impression que nous sommes de plus en plus nombreux à l'être.