Hier sur le budget, les députés ont examiné des amendements d'un démagogue irresponsable appelé Lionnel Luca, qui proposait de baisser de 10% l'indemnité des députés. Cette proposition a bien entendu buzzé. Elle est facile à comprendre et caresse dans le sens du poil le poujadisme antiparlementaire et anti-élus en général. En déposant ces amendements, Lionnel Luca savait parfaitement ce qu'il faisait et entendait faire sa pub personnelle au détriment du collectif des députés. Il a réussi son coup, en faisant parler de lui à bon compte et en jetant un petit peu plus de discrédit sur les élus, car comme il fallait s'y attendre, la presse titre "les députés refusent de baisser leurs indemnités de 10%".

Ce titre, qui est malheureusement tout ce qui sera retenu, est mensonger. Les amendements de Lionnel Luca ont effectivement été rejetés, mais pas par une volonté des élus de préserver leurs indemnités, mais tout simplement parce que les amendements de Lionnel Luca étaient inopérants. Le calcul de l'indemnité parlementaire, comme l'a rappelé le rapporteur, est fixé par une loi organique et est liée aux rémunérations de la fonction publique. Si les rémunérations des fonctionnaires sont gelées (ce qui est le cas), l'indemnité parlementaire est également gelée, et si elles venaient à baisser, l'indemnité parlementaire baisserait aussi. Un amendement de loi de finances est donc complètement inopérant. Le voter n'aurait servi strictement à rien !

Cette initiative intempestive braque les projecteurs sur la seule indemnité des parlementaires, alors même que d'autres postes de dépenses peuvent faire, et surtout ONT FAIT l'objet d'économies. Juste avant le show de Lionnel Luca, les députés venaient de voter une réduction de 3% du budget de l'Assemblée nationale, qui intervient après plusieurs années de non augmentation (donc de baisse effective, du fait de l'inflation). De véritables économies ont été réalisées par les parlementaires, notamment sur les frais de voyages. Cela occulte également le fait que d'autres sources d'économies peuvent être trouvées sur les indemnités des élus, notamment par la fin du cumul des indemnités ! Le rapporteur a d'ailleurs cruellement rappelé à Lionnel Luca qu'il est aussi vice-président du Conseil général des Alpes Maritimes, et qu'il pouvait parfaitement renoncer aux indemnités qu'il touche à ce titre...

Le plus désolant, c'est que l'indemnité parlementaire n'est pas seulement un salaire, mais aussi le gage de l'indépendance des parlementaires. Derrière cette question, il y a celle de la corruption, toujours plus tentante quand les indemnités ne sont pas suffisantes.

La question du train de vie des élus et de la République est un vrai sujet. Le ramener de manière aussi lamentable et inopérante à la seule question de l'indemnité parlementaire est tout simplement minable et plombe médiatiquement le sujet. Comme le dit le proverbe économique, la fausse monnaie chasse la bonne. De réels efforts d'économies ont été menés à l'Assemblée nationale, mais les français n'en sauront rien, car un gugusse a voulu se faire mousser à bon compte en jouant perso sur les fantasmes.