Le Sénat est en ce moment très amusant à observer. Les sénateurs UMP apprennent ce que c'est d'être dans l'opposition, les sénateurs de gauche apprennent ce que cela veut dire d'être dans majorité sénatoriale mais dans l'opposition gouvernementale. Chacun teste l'autre, cherche les limites, ce qui donne des épisodes assez savoureux (du moins pour le spectateur).

Dans la série, le sénateur UMP découvre l'opposition, le lauréat de cette semaine est sans conteste Jean-Jacques Hyest, ancien président de la commission des lois. Jeudi matin, il a eu un petit clash en séance avec son successeur, Jean-Pierre Sueur, concernant l'organisation de la séance publique. L'affaire est à la fois microscopique vu de l'extérieur, mais pas si insignifiante, puisqu'il s'agit de la durée des séances, de leur heure de début et de fin. Quand on a des amendements à défendre, il faut être présent, sinon ils tombent. En cas de changement impromptu des horaires, c'est bien d'être prévenu...

Mais il n'y a pas que l'UMP qui flotte dans ses nouveaux habits. La gauche vient de se prendre un sérieux rappel de l'existence du "parlementarisme rationalisé". Le groupe communiste a déposé une proposition de loi sur la scolarisation obligatoire en maternelle dès l'âge de trois ans. Or, une telle proposition va demander des moyens supplémentaires, et donc augmenter les charges publiques. Et donc violer l'article 40 de la constitution... Le gouvernement a laissé le débat avoir lieu en commission, puis, dès le début de la discussion en séance publique, a soulevé l'irrecevabilité au titre de l'article 40, avec une certaine délectation. La majorité sénatoriale n'a pas apprécié, a fait du cirque dans l'hémicycle, mais a du s'incliner et retirer son texte.

Ces escarmouches parlementaires doivent beaucoup au contexte pré-électoral. On peut penser qu'en 2012, les sénateurs retrouveront leur cogestion paisible d'autrefois. Sinon, à quoi cela servirait-il d'avoir deux chambres si le Sénat se met à singer les errements de l'Assemblée nationale.