L'élection présidentielle irlandaise est un évènement sans doute très anodin vu de France, mais elle nous a donné un exemple de retournement spectaculaire. Alors que le week-end dernier, c'est l'indépendant Sean Gallagher qui est le grand favori avec 15 points d'avance, c'est finalement Michael Higgins, 70 ans, un vétéran de la politique qui est élu.

Il y a eu lundi soir un débat télévisé, le dernier, au cours duquel Gallagher a explosé en vol. Alors qu'il avait fait toute sa campagne sur son "indépendance" vis à vis des partis, son adversaire l'a forcé à reconnaitre en direct qu'il avait fait des collectes de fonds, autrefois, pour le fianna fail, l'ancien parti au pouvoir, jugé responsable par les irlandais de l'effondrement économique du pays. Lors des sondages de sortie des urnes, 55% des sondés indiquent avoir changé d'intention de vote à l'issue de ce débat télévisé. C'est tout simplement ahurissant !

Cette volatilité politique s'explique par l'ampleur de la crise économique en Irlande, qui a cru pendant des années être sortie de la pauvreté, affichant des taux de croissance impressionnants, et se gagnant le surnom de tigre celtique. Et d'un seul coup, crise bancaire et tout s'écroule, un peu à l'islandaise, mais pas avec la même ampleur. Aux élections législatives, le parti au pouvoir se prend une raclée monumentale, sans que l'opposition qui accède au pouvoir ne soient réellement soutenue par une population dégoutée du personnel politique en place. Cela explique l'ampleur du retournement.

De nombreux indépendants se sont alors lancés pour l'élection présidentielle, poste essentiellement symbolique (mais pas dénué d'importance), car c'est l'élection idéale, uninominale, pour des "isolés". L'un d'entre eux tenait la corde, jusqu'à l'accident industriel, où ses mensonges sont apparus en direct à la télévision, trois jours avant le scrutin. Un peu comme si on avait appris, entre les deux tours de la primaire socialiste, que DSK, en tête au premier tour, était mouillé dans un réseau de proxénétisme lillois, et qu'il l'avait reconnu en direct à la télévision. Là, l'électeur se dit qu'il a eu chaud...

Finalement, c'est le vieux routier de la politique qui a décroché la place. Parce que malgré tous les défauts qu'il peut avoir, on sait où on va, il a un passé connu (a priori pas trop de cadavres dans les placards) il a une expérience du pouvoir, bref, il est en mesure de faire le job. La politique est devenue un métier. Il faut arrêter de se bercer d'illusion sur le mythe du simple citoyen qui d'un seul coup, est propulsé à la tête de l'Etat et dirige le pays comme jamais il l'a été. Quand par malheur une telle chose arrive (c'est très rare), ça se termine en général très mal.

Cet épisode montre qu'il peut se passer des choses essentielles lors d'une campagne. On a déjà eu notre lot de rebondissements, mais ça ne fait que commencer. Si une élection présidentielle peut se retourner complètement à trois jours du scrutin, on mesure bien ce que valent des sondages réalisés à six mois de l'échéance...