Les sénatoriales de dimanche dernier ont créé une onde de choc au sein de la droite. L'analyse des résultats a montré qu'il y a eu, de la part des grands électeurs, un vote sanction contre le gouvernement et plus précisément le président de la République. Dans plusieurs départements, notamment la Manche, le Loiret et le Morbihan, repassés de la proportionnelle au scrutin majoritaire, la droite aurait du remporter tous les sièges. Dans le Loiret et le Morbihan, les deux sortants socialistes que l'on pensaient "condamnés" ont été réélus au premier tour, alors que les candidats de droite étaient en ballotage... Dans le Morbihan, sans doute pour des raisons propres à ce département, la gauche a emporté les deux autres sièges au second tour.

Un tel vote "politique" aux sénatoriales est très inhabituel, et très inquiétant. Très très inquiétant, car c'est le ènième signal négatif. En fait, ça fait très longtemps qu'à droite, nous n'avons pas eu de signal positif. Tout annonce une défaite à la présidentielle de 2012 et le basculement du Sénat a été la goutte d'eau qui a fait prendre conscience que tout part en couille à droite.

L'affiche de la campagne est à peu près fixée. François Hollande tient le bon bout à gauche, il devrait, selon toute logique, remporter les primaires. Au second tour, aucune voix de gauche, même celle là par exemple, ne lui manquera. La perspective de virer Sarkozy de l'Elysée leur ferait même voter Bayrou s'il le fallait. Sarkozy sera le candidat de droite, il devrait arriver à contenir Marine Le Pen (encore que...) mais sa cote est tellement basse, et surtout la détestation des "mécontents" est tellement forte, qu'il ne remontra pas avant mai 2012. Il est grillé dans l'opinion publique, mais malheureusement pour la droite, il est incontournable et il faudra une défaite en 2012 pour s'en débarrasser.

D'autres signaux s'accumulent. On sent une grosse fatigue à droite, une véritable usure, logique et normale après 9 ans de pouvoir. Les équipes en place en 2011 n'ont plus rien de commun avec celle de 2002. Il ne doit plus rester, au gouvernement, aucun ministre en place en 2002 depuis le départ de Dominique Bussereau et de Michelle Alliot-Marie. Plus ça va, plus le niveau baisse. Au dernier remaniement, on n'a pas trouvé mieux, comme "poids lourds" pour les ministères régaliens, que Juppé et Longuet (pas franchement de la première fraîcheur), tout en conservant un François Fillon qui n'a pas démérité, mais dont le maintien empêche un véritable deuxième souffle gouvernemental. Il y a un besoin de déboucher les tuyaux, et parfois, une défaite électorale est l'occasion, par une bonne chasse d'eau, de se débarrasser des has been, afin de laisser un espace aux jeunes pousses. En ce moment, la droite a bien quelques jeunes pousses, comme Bruno Lemaire, NKM ou Wauquiez, mais ce n'est pas assez pour faire une équipe digne de ce nom.

Se renouveler sur le plan des idées est toujours une opération difficile, surtout quand on est au pouvoir, car étant aux manettes, il faut maintenir l'unité et mettre pas mal de désaccords sous le tapis, au nom de la responsabilité du pouvoir. Au final, ça finit par faire de grosses bosses sous les tapis, dans lesquelles on se prend les pieds. Il faut bien se rendre compte que gouverner et faire évoluer des positions "politiques" en même temps n'est pas évident et qu'un parti au pouvoir privilégie toujours l'exercice du pouvoir sur la réflexion et l'analyse en profondeur de la société. Les temps dans l'opposition permettent, au contraire, de solder les vieux contentieux et de reconstruire une vision de la société et renouveler ses idées.

L'alternance est une chose saine en démocratie, et plus ça va, plus la droite semble se résigner à devoir laisser la place en 2012. Hollande, qui est un bon rad-soc, comme Chirac, ne fait pas peur. C'est un homme de compromis, qui n'a rien d'un idéologue. Une seule chose pose un véritable problème, c'est la présence et le poids des Verts dans une éventuelle coalition de gauche qui viendrait au pouvoir en 2012. Je n'aime pas les Verts, chez qui on trouve beaucoup d'idéologues bornés, des petits Saint Just qui croient détenir la Vérité et se sentent investis du rôle de faire le bonheur des autres, y compris malgré eux. Il y a donc un énorme fossé, sur le programme, mais ça encore, ce n'est pas trop grave, mais surtout sur la manière d'envisager l'action publique et l'ampleur des choix pouvant être imposés par la majorité à la minorité. Je crains par dessus tout qu'ils n'arrivent à imposer l'arrêt du nucléaire, qui serait une erreur monstrueuse, une véritable suicide énergétique pour la France.

Pour le reste, en tant que citoyen de plus en plus détaché (et surtout de moins en moins personnellement concerné) de la vie politique, l'arrivée de la gauche au pouvoir en 2012 ne m'apparaît pas comme un problème. A condition que ça ne dure que 5 ans. Faut pas pousser, quand même...