Un député communiste vient de demander que la lobbyste de Servier, dument enregistrée à l'Assemblée nationale, soit radiée et interdite d'entrée dans les locaux de l'Assemblée. Cette initiative me gène profondément. Non pas que je soutienne Servier, loin de là même. L'enquête ne fait que commencer, mais il semble que les laboratoires Servier soient très loin d'être irréprochables et qu'ils auront à répondre de pas mal de choses devant la justice. Je ne doute pas que Servier prenne cher ! Mais faut-il, avant même les conclusions de la commission d'enquête en cours à l'Assemblée, avant que la justice ait rendu son verdict, commencer à sanctionner Servier ?

Ce que demande ce député communiste, c'est une sanction ! Certes pas bien méchante car on peut très bien faire du lobbying sans le badge d'accès. Certains lobbystes n'ont pas demandé car il les obligerait à se signaler, pour un bénéfice quasi nul, car quand ils viennent à l'Assemblée, c'est sur invitation et ils ont un badge "visiteur ordinaire". L'intérêt pratique du retrait de Servier de la liste des lobbystes accrédités serait donc très minime. Par contre, c'est symboliquement fort, car c'est une exclusion, une expulsion, donc une marque infamante. C'est d'ailleurs ce que cherche ce député : frapper Servier du sceau de l'infamie, avant tout jugement, en violant les règles au passage. En effet, le retrait de l'accréditation à l'Assemblée nationale ne se fait pas comme ça, mais obéit à une procédure, et surtout, ne peut se faire qu'en cas de manquement de la personne. La lobbyste de Servier a-t-elle violé les règles liées à l'accès des lobbystes à l'Assemblée nationale ? Qu'il y ait eu un "problème" au Sénat n'a aucune incidence sur ce qui se passe à l'Assemblée, et si la lobbyste de Servier n'a pas violé ses obligations et engagements, il n'y a aucune raison de la sanctionner.

Ce que demande ce député communiste s'apparente très fortement à un lynchage. Avant même que le verdict ne soit rendu, on condamne une personne nommément désignée, de préférence symboliquement (parce que c'est devenu difficile aujourd'hui de lyncher physiquement). La sentence est prononcée par des gens qui n'ont qualité pas pour le faire, mais qui entendent en retirer un bénéfice personnel, soit qu'elle leur donne plus de pouvoir, soit qu'elle évite qu'on regarde d'un peu plus près leur cas personnel qui n'est pas toujours reluisant. Dans tous les cas, c'est détestable.