Depuis longtemps, le Parti Socialiste sait à quoi s'en tenir sur Guérini, sur sa gestion en tant qu'élu, mais aussi en tant que responsable socialiste. Arnaud Montebourg l'a crié, a clairement dit qu'il fallait prendre ses responsabilités en mettant ce monsieur à la porte du PS. Non seulement il n'a pas été entendu à ce moment là, mais en plus, il a essuyé l'humiliation de se voir revenir ses courriers. En gros, Martine Aubry faisait officiellement l'autruche, et avec elle l'ensemble de l'appareil socialiste.

Et voilà que d'un seul coup, maintenant que le justice a annoncé qu'elle allait frapper, voilà que l'ensemble du PS, Martine Aubry en tête, tombe à bras raccourcis sur Jean-Noël Guérini qui va se retrouver sans aucun doute exclu du PS dès le lendemain de sa mise en examen officielle. Ce retournement est frappant ! Surtout quand il s'opère en si peu de temps. Au delà des prises de positions liées à la campagne de la primaire interne, il y a un point très révélateur : le PS a été incapable de régler ce problème interne sans un "secours extérieur". Il a fallu qu'un juge donne le prétexte pour que Guérini soit mis au ban des accusés. On peut penser que sans cette annonce de mise en examen officielle, qui ne fait que sanctionner des faits connus de tous, Jean-Noël Guérini serait encore en train de parader rue de Solférino et dans les médias, assurant avoir le soutien du PS.

On est là devant un cas typique de faiblesse des politiques. Cela arrive à gauche, mais à droite, ils ne valent pas mieux. Alors que tout le monde sait qu'il va falloir un plan de rigueur, taillant dans les dépenses et augmentant les recettes, il faut un "secours extérieur", à savoir la pression des agences de notation et le choc de la dégradation de la note US, pour que le gouvernement se décide à lancer un (timide) plan de rigueur.

Cela donne l'impression d'être devant un personnel politique qui n'a plus la force de décider quoi que ce soit, qui n'assume plus et qui n'avance que sous pression. C'est un véritable problème démocratique ! Dans le lot, les quelques courageux qui osent proposer d'agir sans attendre se font trop souvent broyer par le panurgisme ordinaire de la vie politique. Je vois bien comment cela se passe à droite : quelques chefs écoutent parfois la base si ça grogne un peu trop, mais décident seuls et imposent leur décision. Second problème démocratique, qui aggrave le premier...

La boucle est bouclée quand le personnel politique n'a tellement pas de convictions que tout est décidé sur des motifs de tactique et de carrière. Untel est un pourri, d'accord, mais je vais avoir besoin de lui ou je ne peux pas me permettre de l'avoir contre moi. Donc je ferme ma gueule et je met un mouchoir sur ce qui me reste de déontologie et de convictions. En fait, le problème ne vient pas tant de ce que les politiques pensent "tactique et carrière". C'est normal et sain qu'un élu pense à être réélu et fasse tout pour cela. Il est ainsi obligé d'écouter ses électeurs et de tenir compte de leur avis (un peu quand même), sous peine de ne pas être réélu. Non, le vrai sujet, c'est l'effondrement des convictions, qui ne viennent plus contrebalancer suffisamment les "combinazione".

On manque clairement d'élus qui ont des idées et sont prêts à se battre pour elles, y compris en y laissant des plumes. Cela donne le spectacle auquel on assiste en ce moment au PS, qui est plus avancé dans ce processus que l'UMP (qui fait pourtant des efforts pour rattraper le PS). Des élus qui n'ont plus pour seul horizon que la conquête du pouvoir pour le pouvoir. Et une fois qu'ils y sont, ils restent les bras ballants, faute d'avoir un vrai mandat pour mener à bien un programme, puisqu'ils n'ont pas élu sur des idées. Ils ont juste été moins mauvais que leurs adversaires, et comme il faut bien qu'il y en ait un qui gagne...