Certains se demandent régulièrement, en me lisant, si je suis de gauche. Sur pas mal de points, j'ai de réelles convergences avec des positions défendues par la gauche, sur la sécurité et les libertés publiques notamment. Pourtant, je ne peux pas être de gauche car il y a un point sur lequel je suis en opposition totale, c'est sur la primauté de l'économique, héritée du marxisme. Quand on lit un tant soit peu la littérature militante de gauche et d'extrême gauche, il y a un thème obsessionnel : les inégalités économiques. Tout est vu sous l'angle "écarts de richesses", "inégalité du partage des richesses", "exploitation des dominés par les dominants". Je dois dire que cette approche me gonfle, et surtout m'afflige, car c'est une impasse idéologique. L'homme n'est pas seulement une question de richesses matérielles. Et pourtant, la Gauche radicale ne nous parle que de ça, alors même qu'elle prétend construire "un autre monde", du moins, elle nous dit qu'il est possible.

L'économique est une dimension importante de notre société, mais elle n'est pas la seule. La Gauche radicale ferait bien de cesser ce tropisme "inégalités économiques et sociales" car face au "capitalisme", elle a perdu la bataille. La situation sociale n'a plus grand chose à voir avec celle que Marx a observé au XIXème siècle. Entre la pauvreté en Angleterre en 1840 et la pauvreté en France en 2011, il y a un fossé énorme. On ne crève plus de faim, on a globalement des logements décents, le nombre de sans abri est bien plus bas. Bref, un discours de renversement radical n'a plus le même écho. Dans le même temps, le capitalisme a su offrir une perspective beaucoup plus réaliste d'amélioration de la situation matérielle, en s'adressant à chacun, individuellement. Entre "camarade, révolte de toi pour le bien de la collectivité" (c'est à dire prendre des risques sans en retirer le moindre avantage personnel) et "enrichissez vous" (toi aussi, tu peux t'en mettre plein les poches), les choix ont été vite faits. Même la Gauche qui se dit radicale ne dédaigne pas le confort matériel, et recrute surtout du coté de ceux qui sont du bon coté de la barrière des inégalités. Ça flingue un peu la crédibilité du message. De toute manière, l'écroulement de l'URSS a montré que ce coté là, un autre monde n'est pas possible !

Si la gauche veut reprendre du poil de la bête, il faut qu'elle abandonne ce terrain de l'économique et des inégalités, où elle a définitivement perdu la bataille et n'est plus crédible. Au lieu de centrer les politiques publiques sur le "maximum de profit", on peut très bien peser pour que d'autres valeurs soient promues, mais pour cela, il faut une "puissance de tir" qui impose de concentrer toutes les énergies. Le "règne" du tout-économique et du tout-profit n'existe que si dans l'imaginaire collectif, c'est le seul but désirable. Si aucune valeur alternative n'est réellement proposée, ce qui est le cas, rien ne bougera. On peut très bien lire la réalité avec d'autres lunettes idéologiques, centrées sur les libertés publiques, sur l'épanouissement de la personne, sur la préservation de l'environnement. Mais de grâce, arrêtons de tout lire en termes "d'inégalités"...