Le sénateur et président du Conseil général des Bouches-du-Rhône, accessoirement grand baron du PS, est convoqué devant un juge qui va probablement le mettre en examen pour "association de malfaiteurs" et trafic d'influence. Cet évènement était attendu, tellement l'étau se resserrait autour de Jean-Noël Guérini, et tellement les faits étaient flagrants. Dans le même temps, une vice-présidente du Conseil régional de PACA détourne de l'argent public (sans doute au vu et au su de beaucoup de monde, à commencer par le président du Conseil régional...). Un autre élu du même département vient aussi d'être condamné en première instance (il a fait appel) pour des faits similaires à un an de prison ferme (il a déjà fait de la préventive) et 5 ans d'inéligibilité. Dans le passé, un autre ancien "patron" du département avait eu des ennuis avec la justice.

J'ai parfois des doutes sur l'honnêteté des élus et plus globalement des décideurs, dans les départements qui bordent la Méditerranée. Les deux bords politiques sont autant concernés l'un que l'autre. Il y a 20 ans, c'est le système Médecin qui tombait à Nice. Il y a 15 ans, c'est le président du Conseil général du Var, Maurice Arreckx, qui chutait. Aujourd'hui, c'est au tour des socialistes des Bouches-du-Rhône. A chaque fois, il y a eu un grand ménage, les éléments les plus corrompus ont été "épurés", un nouveau patron s'est imposé, et c'est reparti comme avant. Nul doute que cette fois-ci encore, on va virer les branches pourries qui ont été trop exposées médiatiquement, ou trop "mouillées" pour être sauvables.

Mais est-ce qu'on se rend compte que le problème est général, qu'il n'y a pas seulement quelques branches pourries, mais que c'est l'arbre entier qui est vérolé, que les racines du mal sont culturelles. Les gens du Sud ne vont pas apprécier, mais pour moi, il existe une "mentalité" déplorable dans ces régions, faite d'individualisme forcené, d'orgueil et de démesure. On ne sait pas ce que veut dire coopérer. On peut même parfois se demander s'ils savent ce que veut dire "travailler"... Le système économique repose largement sur la prédation et la fraude. Plus on descend vers le Sud, plus c'est visible. En France, encore, ça va. Mais dans le Mezzo Giorno italien ou en Grèce, ça prend des proportions hallucinantes ! Et cela génère des tensions. En Italie, la fracture est ancienne et ne fait que s'aggraver. En Europe, on se rend compte, quand on écoute un peu les Allemands, qu'ils sont plus qu'exaspérés de payer pour la Grèce et les Etats du Sud, et qu'il ne faudrait pas grand chose pour qu'ils referment le chéquier.

Comment gérer tout cela ? C'est difficile, très difficile. Impossible sans doute, car on est sur une fracture culturelle très ancienne. On ne va pas changer les "gens du Sud", soit on fait avec, soit on coupe les ponts, avec tous les risques que cela comporte. En France, il n'est malheureusement pas possible de couper les ponts. La Corse, PACA et le Languedoc-Roussillon font partie de la France. Il faut donc faire avec. Moralement, je suis complètement aux côtés d'Arnaud Montebourg qui dénonce les pratiques internes du PS des Bouches-du-Rhône. Mais je comprends également l'attitude de Martine Aubry. S'il fallait virer tous les corrompus du PS des Bouches-du-Rhône, il ne resterait plus grand monde, et la belle oie blanche qu'elle arriverait peut-être à placer à la tête de la fédération des Bouches-du-Rhône se ferait bien vite croquer. On a les élus qu'on se donne, et inversement, un élu est le reflet de son territoire.

Pour que les choses changent dans cette région, il faudrait que les gens changent, et n'acceptent plus certaines pratiques et certaines attitudes. Aucune solution ne viendra d'en haut, et certainement pas de Paris et des gens du "Nord" dont la légitimité à intervenir dans les affaires du Sud est très contestée.