Le CSA a récemment interdit aux télévisions de citer à l'antenne les marques Facebook et Twitter, considérant qu'il s'agit de publicité clandestine. Par contre, renvoyer les téléspectateurs sur la page facebook ou le compte twitter de la chaîne de télévision, mais sans citer la marque, est accepté. Cette position est stupide, profondément stupide.

Elle l'est sur la forme, car le CSA considère que dire "retrouvez cette vidéo sur notre page facebook" à l'antenne, c'est de la publicité déguisée pour facebook. Pour qu'il ait publicité déguisée au sens de la loi, il faut qu'il y ait un lien entre l'annonceur et le produit, or, je doute beaucoup que facebook ait demandé quoique ce soit, et surtout, soit prêt à consentir un avantage quelconque aux médias audiovisuels qui citeraient la marque. Ni facebook, ni Twitter n'en ont besoin. La décision est également stupide car elle est aisément contournable. Il suffit de mettre l'URL à l'écran pour que la marque apparaisse.

La stupidité du CSA est plus profonde encore, car cette décision est révélatrice d'une incompréhension profonde des usages de l'internet. Facebook et Twitter sont en passe de devenir (peut-être provisoirement) des noms communs, comme frigidaire, kleenex et d'autres marques. Ces deux réseaux sociaux offrent également un service qu'ils sont seuls à proposer, car nous sommes dans un modèle de "monopole naturel", où il ne peut y en avoir qu'un. En les citant, on ne lèse aucun concurrent, puisqu'il n'y en a pas. Quelque part, Facebook et Twitter sont des "lieux publics" ce qui leur donne un statut particulier que le CSA n'a absolument pas vu.

Les réactions à cette décision sur internet ont montré un décalage énorme et c'est bien là qu'est le souci majeur car le CSA a des velléités fortes de devenir un régulateur des contenus du web. Avec l'arrivée des télévisions connectées, le CSA est à un tournant. Soit il abandonne la régulation qu'il exerce actuellement sur les contenus diffusés par les médias audiovisuels, soit il étend sa régulation (en réduisant éventuellement la voilure) sur les contenus véhiculés par le web (essentiellement les vidéos). Le CSA est clairement sur la deuxième option, mais visiblement (et cette décision facebook-twitter en est la preuve), il ne se rend pas compte qu'il risque de rencontrer un mur sur lequel il va se fracasser, car ce n'est pas tellement dans la logique du monde numérique que d'accepter une régulation des contenus...

Le monde du Net va devoir se préparer à affronter un nouvel ennemi, le CSA, qui pourrait très bientôt remplacer une hadopi déjà en perte de vitesse, comme "agresseur" des libertés numériques. Si le CSA reste aussi obtus et étranger aux usages de l'internet, la confrontation va être sanglante. Autant s'y préparer !