Deux jours après le mariage de l'héritier du trône anglais, voilà que l'église catholique béatifie l'ancien pape. Je vois beaucoup d'analogie dans les deux cérémonies. Ce sont d'abord et avant tout des shows médiatiques, montés par deux entreprises très pointues dans ce domaine. L'église catholique est sans doute le meilleur organisateur d'évènements que je connaisse, avec plusieurs siècles d'expérience, une capacité à s'adapter à son public. Ces deux institutions ont une capacité à manipuler les médias en leur donnant ce qu'ils veulent : des images spectaculaires et de l'émotion.

Ces deux cérémonies sont de l'auto célébration et l'affirmation d'un pouvoir politique et temporel. Concernant la monarchie anglaise, je m'en moque un peu. Venant de l'église catholique, c'est autre chose (et mes fidèles lecteurs s'en doutent un peu). En fait, ça ne me surprend pas tellement ce genre de cérémonie est dans les gènes de l'église catholique. D'autres parlent très bien cet aspect, où il est absolument pas question de Dieu. Inutile de vous dire que tout cela me hérisse et m'afflige.

Pourtant, l'église catholique ne se résume pas à ça, et heureusement. Il y a en fait une double dimension, la première que je qualifierais d'évangélique en ce qu'elle s'appuie sur le message du Christ, contenu dans les évangiles. C'est pour moi l'éthique inscrite dans les évangiles, qui amène chacun à se conformer, dans son comportement quotidien, à des valeurs. L'autre, je la qualifie de "religieuse" et consiste dans toutes ces pratiques recommandées par l'institution, qui peuvent parfois être une aide pour certains, mais qui concrètement, n'ont pas grand chose à voir avec l'éthique. C'est par exemple les pratiques cultuelles, que ce soient les cérémonies, l'existence d'un calendrier liturgique qui "ordonne" le temps, mais aussi les petits détails comme cet horripilant chapelet tant promu chez les catholiques. On y trouve aussi les pèlerinages, le culte des saints. Bref toutes ces choses que le Christ n'a pas institué (et voire même qu'il n'aurait jamais recommandé).

Ma position de protestant est d'affirmer que seule l'éthique compte, qu'elle se pratique tous les jours, à tous moments, sans qu'aucun ne soit plus "fort". Un peu de "religion" est parfois nécessaire, car il n'est pas possible d'être chrétien tout seul, isolé dans son coin. La lecture solitaire de l'évangile est le chemin qui mène au fondamentalisme et à ses délires. Il faut au contraire confronter sa lecture et sa compréhension à celle des autres, apprendre des autres (y compris des catholiques), car on ne sait pas tout. Mais il ne faut jamais tomber dans le piège qui consiste à pratiquer "la religion pour la religion", et c'est l'un des énormes reproches que je fait aux catholiques : oublier que le coeur du message est l'évangile, pour se vautrer allègrement dans les pratiques religieuses. Le pire est quand certains croient que cela peut remplacer un comportement éthique, ou avoir une valeur supérieure. C'est typiquement les religieux décrits dans la parabole du bon samaritain, qui se gardent bien d'aider ce malheureux au bord du chemin, parce que cela irait à l'encontre des prescriptions de pureté religieuse.

L'église catholique, je parle de l'institution, encourage malheureusement bien trop ces comportements "religieux", car c'est son intérêt, sa raison d'être. L'éthique est du ressort de la conscience de chacun, l'institution n'a finalement pas de prise, à part délivrer son message en espérant qu'il soit écouté et suivi. Le temps où on brulait les hérétiques est bien fini, et même la menace de l'excommunication ne fonctionne plus. Qu'est ce qui justifie encore toute cette hiérarchie et toute cette pompe ? Finalement pas grand chose... La Réforme du 16eme siècle a été très largement (mais pas que ça) un refus de ce "religieux" pour revenir à l'essentiel, le message évangélique et la manière de le vivre pleinement. C'est toujours l'esprit qui anime le protestantisme.