Ces cantonales 2011 sont une nouvelle défaite pour la Droite. Certes, elle a repris le Val d'Oise, mais elle a perdu le Jura et les Pyrénées Atlantiques, ainsi que la Réunion (mais l'Outre-Mer, c'est toujours compliqué). La Savoie et la Loire devraient rester à Droite, mais grâce au soutien d'indépendants, donc avec une majorité fragile. Dans beaucoup de départements (quasiment tous), la gauche progresse. François Hollande que l'on pouvait penser en difficulté en Corrèze s'en sort finalement avec un siège de plus de majorité. On a vraiment l'impression d'un rouleau compresseur qui fait basculer les départements les uns après les autres, et ceux qui ont été sauvés par la droite ce coup-ci sont ceux qui tomberont la prochaine fois. Le grand chambardement de la réforme territoriale ne pourra sans doute pas grand chose contre cette lame de fond.

Le sujet le plus important était quand même le FN. Globalement, ça c'est bien passé, le FN n'a eu que deux conseillers généraux, dans les secteurs où il est le plus en pointe. Le FN a progressé en voix, mais n'a pas réussi à franchir la barre, faute d'un soutien de l'UMP, qui refuse toujours la stratégie d'alliance sans laquelle le FN est incapable de transformer ses voix en élus. Il faut quand même noter qu'une part non négligeable des électeurs de droite n'ont pas hésité à voter FN face à un candidat socialiste, mais rien de massif. Un premier examen un peu rapide et sommaire sur quelques cantons montre que les situations sont très contrastées, et que même dans les duels entre droite et FN, il arrive que le candidat FN progresse de manière non négligeable. Il va falloir analyser finement, mais ça demande du temps. Il faudra aussi faire la part du vote politique des questions de personnes. L'exemple type de cette complexité est le canton de Noailles dans l'Oise, où Jean-François Mancel affrontait un candidat FN. Ce dernier a progressé de 1165 voix, alors que Mancel progressait de 1495 voix. Pour mémoire, le candidat PS avait eu 1587 voix au 2ème tour et un divers droite en avait eu 586.

La question d'une éventuelle alliance avec le FN va continuer à pourrir l'UMP de l'intérieur. Les centristes qui refusent absolument cette alliance ont les moyens de faire triompher leur point de vue dans l'immédiat, mais les partisans d'une alliance ne sont pas prêts de désarmer, car ils se sentent confortés par les scores du FN. Un débat aura lieu, qui sera renvoyé à une date ultérieure sans être tranché. Sans doute la pire solution pour l'UMP et sa survie, car la gueguerre interne va continuer et creuser encore davantage le fossé entre l'aide droite et l'aile gauche. Lorsque la question se reposera à nouveau, en 2012, le débat n'en sera que plus violent.

L'autre question, la plus urgente pour l'UMP, c'est la présidentielle. Les chances de Marine Le Pen d'être au deuxième tour sont très fortes (c'est même quasi-certain). Quand on est capable de qualifier pour le second tour des octogénaires sur leur seule étiquette FN, je n'ose imaginer le résultat de Marine Le Pen, "bête médiatique" sur-entrainée et "neuve" dans le paysage. Si les socialistes sont assez intelligents pour écarter DSK et mettre un candidat solide (Hollande ou Aubry), je ne donne pas cher du candidat UMP, quel qu'il soit. J'ose encore moins imaginer ce qui va se passer aux législatives en cas de victoire du candidat socialiste au second tour contre Marine Le Pen, où nombre de députés UMP qui ne penseront qu'à sauver leur peau, ne seront pas très regardants sur la provenance des voix. Les digues risquent de lâcher et l'UMP explosera durablement, car il faudra du temps pour calmer les haines et lever les anathèmes.

On aura alors un paysage politique français très nouveau, avec un bloc "FN-aile droite de l'UMP" qui fera dans les 35% au premier tour et un centre droit qui fera autour des 20-25%. Leur mésentente et leur refus d'alliance (les reports de voix seront mauvais) au second tour ouvrira une voix royale au parti socialiste.