La confédération des centres commence à devenir une réalité tangible. Certes, c'est encore timide, mais c'est un début, un amendement cosigné par une bonne partie des centristes, hors et dans l'UMP a été déposé sur la question de la déchéance de nationalité. On y trouve Borloo et les radicaux, les Nouveaux Centre, le député Alliance Centriste et un bon paquet de "centristes de l'UMP" derrière Pierre Méhaignerie.

Depuis quelques temps, cette nébuleuse se rapproche et se fédère sous la houlette de Borloo, seul capable d'unir cet attelage hétéroclite. C'est la présidentielle qui est en vue, et pour peser, et donc obtenir des postes (c'est le but ultime de nombre de participants à cette aventure), il montrer qu'on est uni et qu'on peut peser. La première étape du rapprochement, mettre tout le monde autour d'une table sans s'écharper ayant été franchie avec succès, c'est maintenant la deuxième étape, le raid commando sur un point précis, mais sensible.

Les initiatives droitières du chef de l'Etat étant assez nombreuses, nos centristes ont l'embarras du choix. Ils ont décidé d'attaquer sur la déchéance de nationalité, ce qui est tactiquement un excellent choix. Le rejet de cette disposition ne fait pas débat au centre droit. Déjà en première lecture, ça avait couiné sec, et la disposition était passée assez ric-rac. Elle est suffisamment circonscrite pour ne pas être interprété comme une rébellion gravissime. Ce n'est pas le vote d'une motion de censure ou le rejet du budget. Enfin, c'est pile le bon moment pour frapper afin d'être efficace.

Cet article 3bis, dont il est question, a été supprimé au Sénat, grâce au vote des centristes. Il a été rétabli en commission à l'Assemblée nationale, mais si le vote en séance est négatif, il y aura vote conforme entre les deux assemblées. La mesure sera définitivement rejetée, sans possibilité de la réintroduire par la suite dans ce texte de loi. La confédération centriste aura donc un trophée à brandir, pas une petite médaille en chocolat. Ce sera une vraie défaite pour les pizzaiolos, et par derrière pour ceux qui ont porté la mesure. L'exfiltration de Brice de son ministère de l'intérieur lui évitera de vivre l'humiliation de la défaite, et je pense que Guéant aura la sagesse de ne pas s'acharner à défendre cette disposition.

Une fois cette victoire acquise, la prochaine étape sera sans aucun doute le débat sur l'islam la laïcité, thème où les radicaux ont des choses à dire. Seront-ils capables de faire entendre leur musique et saboter le choeur de la majorité en jouant une partition différente ? C'est fort possible qu'un terrain d'entente se dégage avec les démocrates-chrétiens, pas tout à fait sur la même ligne en terme de place des religions, afin, non pas de dégager une position commune, mais au moins de contrer l'offensive "identitaire" qui ne plait ni aux uns ni aux autres.

Si tout va bien, l'étape suivante, c'est la constitution, le 1er octobre prochain, d'un groupe parlementaire autonome, ou le basculement de députés UMP vers un groupe Nouveau Centre qui prendrait une ampleur toute autre. Et derrière tout cela, c'est la candidature de Borloo à la présidentielle qui se dessine.