En migrant sur le web, la presse française n'a pas changé d'un iota ses habitudes, et il semble que les jeunes générations s'empressent de reproduire les méthodes des anciens. C'est vrai qu'asséner son opinion au lecteur, plutôt que l'informer, c'est plus valorisant pour son ego et ça demande moins de travail. Télérama.fr vient de fournir un magnifique exemple de cela avec cet article sur l'arrivée d'atlantico.

Pour faire court, on peut résumer le contenu de cet article par : "Atlantico, ce sont de sales fachos d'extrême droite, et en plus, qui n'assument pas". En lisant cet article, j'apprends surtout que la journaliste n'a pas une bonne opinion d'Atlantico, par contre, pour ce qui est de savoir ce qu'est réellement Atlantico, il faudra aller voir ailleurs. Certes, aucun élément de l'article n'est faux. Mais ne sont retenus que les éléments qui vont dans le sens de la démonstration qu'entend asséner le journaliste, avec un manque flagrant d'honnêteté intellectuelle. le choix du terme "néo-conservateur" est emblématique, car dans un contexte français, ça ne veut rien dire (les néo-conservateurs sont un courant de pensée US dont il n'existe pas l'équivalent en France).

Oui, il y a sur Atlantico quelques contributeurs franchement marqués "réacs", voire même limite FN pour certains. Mais il n'y a pas qu'eux. Une vraie enquête se serait penché sur l'ensemble des contributeurs, et aurait réalisé une "infographie" (c'est le nouveau truc hyper-hype dans le journalisme web) des contributeurs, pour connaître le taux de "fachos". En creusant un peu plus, il aurait réalisé une étude un peu plus poussée de cette part des "fachos" en les situant dans la vaste nébuleuse de l'extrême droite, qui est très diverse (autant que l'extrême gauche). On aurait répondu à la question :combien de fachos et quels fachos. On se serait rendu compte que les contributeurs d'Atlantico sont très divers. Et si on attend un peu, on peut même faire une étude quantitative sur le nombre d'articles. Ce n'est pas le tout d'être inscrit contributeur, encore faut-il contribuer... Là encore, on peut avoir des surprises qui auront un véritable impact sur le produit qu'Atlantico proposera aux internautes.

Parce que finalement, l'essentiel n'est pas tellement ce que sont les gens d'Atlantico, mais ce qu'ils écrivent. Regardez donc ce jeune homme si propre sur lui, normalien et agrégé de philo. Avec un si beau ramage et un si beau pedigree, on pourrait attendre qu'il nous ponde des notes hyper-léchées, cadrées au millimètre, nourries de références savantes. Et bien non, son premier papier est un gros troll pas très fin, qui aurait certainement mérité d'être beaucoup plus développé et surtout argumenté a minima. Comme quoi, les apparences peuvent être trompeuses. l'exemple même de l'inclassabilité d'une personne, c'est Hugues Serraf. D'ailleurs, lui-même ne sait pas où se mettre, aucun case ne correspondant à ses mensurations. Parmi les contributeurs, on trouve aussi Koz, pas franchement le facho de base (même s'il en fréquente dans ses tweetsapéros de cathos). Personnellement, je ne me considère pas non plus comme réac et encore moins comme néo-conservateur.

C'est avec cette manière de travailler que la presse française s'est largement discréditée auprès de ses lecteurs. Il y a toujours un sujet ou deux sur lesquels le lecteur en sait assez pour voir les biais du journaliste, et mesurer l'écart entre la réalité telle qu'elle est, et ce qu'en dit le journaliste. Au début, on s'énerve devant les raccourcis et la malhonnêteté intellectuelle. Et puis au bout d'un moment, on déconnecte, en cessant tout simplement de lire, et donc d'acheter le journal. La même chose va se reproduire sur le web. Il y a des sites sur lesquels je ne vais plus, car je sais que je vais y trouver une ligne éditoriale qui va me hérisser (et je ne parle pas des commentaires...), dans le choix des sujets et dans la manière de les traiter. En fait, ces sites font essentiellement des éditoriaux...

L'un des mérites que je reconnais aux fondateurs d'Atlantico, c'est de vouloir casser avec cette manière de faire du journalisme. Y arriveront-ils ? c'est autre chose, mais au moins, ils vont essayer. Je retrouve également cette recherche d'honnêteté (et ils y arrivent plutôt bien) chez Owni, que je lis de plus en plus. C'est vrai que leur équipe ne vient pas de la presse traditionnelle, les plus anciens ayant commencé sur les sites web et n'ayant donc pas été contaminés par leurs aînés.