Sarkozy vient de procéder à un nouveau remaniement, prenant un prétexte qui n'abuse personne, mais permet de ne pas avouer que ses équipes sont usées jusqu'à la corde et qu'il n'est pas capable de les renouveler.

C'est Michèle Alliot-Marie qui a craqué la première, quatre mois après un remaniement censé avoir fait partir les canards boiteux et les éclopés. Ce qui lui arrive est un concentré du problème que rencontre Sarkozy. MAM est ministre depuis 2002, après l'avoir été de 1986 à 1988 puis 1993 à 1995. De 2002 à 2007, elle est ministre de la Défense, poste pour lequel elle semble faite, et où elle ne se débrouille pas trop mal. Aucun question ne se pose sur la légitimité à être au gouvernement. En 2007, elle reste, mais change de poste. Là encore, l'Intérieur colle assez bien à son image austère et rigide, et surtout, elle est le quota "vieille garde du RPR". La première faille apparait quand elle passe à la Justice en 2009, avec un rang de ministre d'Etat. Un troisième poste différent, c'est plus difficile a expliquer, ça commence à faire "généraliste" et "ministre à tout faire". Le coup de trop, c'est d'être restée au gouvernement comme ministre des affaires étrangères en novembre dernier. A ce stade, soit on progresse dans la hiérarchie, soit on part. C'est ce qu'à très bien compris Jean-Louis Borloo. Changeant une fois de plus de poste, elle perd ce qui lui reste de légitimité sur la compétence. L'arrivée de Juppé, lui aussi "vieille garde RPR" lui ote son atout politique. Elle peut sauter, elle ne manquera à personne. Reste plus que l'allumette à trouver.

Cette étincelle qui met le feu aux poudres, c'est comme souvent un truc con, qui n'a rien à voir avec l'exercice des fonctions ministérielles. MAM est depuis très longtemps en contact avec des hommes d'affaires tunisiens, grâce notamment à son mari, Patrick Ollier, qui est le "Monsieur Lybie" de l'UMP (il en faut bien un...). Elle a pris l'habitude d'y aller tous frais payés. Elle n'est pas la seule à le faire, loin de là, d'où un certain silence, notamment au PS, sur ce sujet. Une révolution au Maroc entre Noël et Nouvel an aurait nécessité plusieurs avions pour rapatrier tous les VIP français s'y trouvant à ce moment là. Robert Badinter a par la suite reconnu que l'ensemble de la classe politique s'est fait offrir des séjours au Maroc par Hassan II, qui n'avait rien d'un grand démocrate. Sauf que MAM est ministre des affaires étrangères et qu'elle se rend dans un pays où des émeutes ont lieu, et vont conduire à la chute du régime. Et ça c'est vu que MAM est allé se promener en Tunisie comme si de rien n'était. Il a fallu qu'elle s'explique, et comme souvent, sur ces sujets là, les politiques sont d'une maladresse dans nom. Rappelez vous, Hervé Gaymard et son duplex... Ils sont tellement déconnectés de la réalité qu'ils ne se rendent pas compte de leurs erreurs. MAM est complètement dans cette logique. Elle n'est pas la première, et ne sera sans doute pas la dernière, et c'est là le problème !

MAM ne comprend pas ce qui lui arrive, mais on se demande si Nicolas Sarkozy comprend, car pour entrer au gouvernement, il nomme Gérard Longuet. C'est à mon avis la pire erreur de son mandat. Longuet est exactement le profil qu'il ne fallait surtout pas nommer maintenant au gouvernement ! En terme de compétence, on ne voit pas trop ce qu'il vient faire à la Défense. Rien ne le désigne pour ce poste. Pour le coté renouvellement, on repassera, Longuet étant un revenant des années 80-90, qui avait réussi à entrer au Sénat en 2001 après avoir été battu aux législatives de 1997. C'est la figure du has been qui a réussi à revenir dans le jeu, alors qu'il aurait été préférable pour la démocratie qu'il aille voir ailleurs. Enfin, et c'est là le pire, en terme de déontologie, c'est une catastrophe. Ce type traine derrière lui une batterie de casseroles, de quoi remplir le Canard pendant plusieurs semaines. Mis en cause pour la construction de sa villa, pour le financement occulte du Parti Républicain, on vient d'apprendre dernièrement qu'il a été, pendant 15 mois, conseiller auprès du patron de GDF Suez, alors même qu'il était aussi sénateur. Alors que la commission Sauvé vient de rendre son rapport sur les conflits d'intérêts et qu'un projet de loi est annoncé, la nomination de Gérard Longuet fait tache, d'autant plus tâche que MAM est justement tombée pour un problème de "déontologie".

Dernier point qui fâche, l'arrivée de Claude Géant au ministère de l'intérieur. Certes, ça permet d'exfiltrer Hortefeux, autre maillon faible qui pouvait lâcher à tout moment. Certes, sa légitimité technique ne peut pas être remise en cause. Mais politiquement, que vient faire ce haut fonctionnaire à un tel poste ? C'est un peu le même syndrome que la nomination de Dominique de Villepin comme Premier ministre. Les présidents ont tendance à nommer leurs proches conseillers à des postes où ils devraient nommer des personnalités ayant une véritable stature politique. Cette arrivée affaiblit le gouvernement car il n'apporte pas de sang neuf. Sur qui repose désormais l'équipe gouvernementale : Fillon et Juppé, avec en deuxième rideau Lagarde, Baroin, Chatel et NKM ! Bien léger comme base politique !!

Alors qu'il aurait fallu de nouvelles têtes, techniquement reconnues dans leur domaine et déontologiquement irréprochables, Sarkozy nous sort un has-been vérolé et son directeur de cabinet. C'est assez minable et inquiétant pour l'avenir.