La création artistique n'a jamais payé. Financièrement du moins. Les artistes ont toujours crevé la dalle, ou ont trouvé des "sponsors" et des mécènes. Le mécénat d'Etat est chose très ancienne, les commandes royales et princières, mais aussi de l'eglise étant un moteur de l'activité artistique. A l'époque, le modèle fonctionnait bien, car ce mécénat n'était pas gratuit. Les artistes fabriquaient des biens dont les puissants avaient besoin, pour la décoration de leurs lieux de vie, et surtout, pour montrer leur magnificence, et donc leur pouvoir.

Aujourd'hui, le problème initial se pose toujours. L'art (le vrai) ne paie pas des masses, et la création artistique est toujours en besoin de financement. Certes, les industries culturelles sont un débouchés pour ces créateurs, mais comme ce sont des industries, elles sont près de leurs sous. Elles ne financent que très chichement la création, préférant attendre au coin du bois qu'un artiste un peu reconnu en sorte, pour lui faire des offres alléchantes. Cela coute cher, ces artistes reconnus étant assez gourmands, mais ça coute toujours moins cher que de financer un magma créatif où pour 10 artistes financés, un seul, peut être, produira quelque chose de commercialisable.

Il faut donc financer, a minima, la création, et comme d'habitude, on se tourne vers l'Etat ! Sauf que nous ne sommes plus sous Louis XIV, que les commandes d'Etat ne sont plus ce qu'elles étaient, et sont de toute manière insuffisantes. Comme dans notre système, il est illusoire de compter sur la bonne volonté et l'auto-discipline des contributeurs, on a donc inventé différents systèmes pour amener l'argent vers la création, par le biais de taxes (on est en France, je vous dis). On oblige ainsi certaines industries qui tirent profit de la création à la financer, notamment l'audiovisuel, grand consommatrice "d'oeuvres de l'esprit". On appelle cela la taxe Cosip. On a aussi, dans le même esprit, la taxe "copie privée", qui frappe tous ceux qui fabriquent des appareils pouvant stocker des oeuvres de l'esprit (pour résumer, essentiellement de la musique et de la vidéo). Le système n'est pas idiot. On oblige certaines filières à assumer le financement d'activités dont ils tirent directement des bénéfices, tout en souhaitant laisser les coûts à d'autres. Mais il aurait besoin d'une bonne révision.

Premier point à revoir, s'assurer que ce système de financement de la création est toujours "socialement accepté". La question est clairement : quelle légitimité politique ? Je ne pense pas que ce soit le principal souci, mais un bon débat public permettrait de remettre les choses en place sur le plan des principes.

Deuxième souci, et là, on entre dans le dur, qui paye ? l'audiovisuel, c'est évident. Mais si l'audiovisuel paye, le numérique doit également payer dans la mesure où ils sont sur le même créneau que l'audiovisuel, à savoir la valorisation de contenus ! Il va falloir vaincre quelques réticences, et surtout une montagne de mauvaise foi de la part d'acteurs du numérique qui rechignent toujours à payer. C'est une question de temps, pour que les modèles économiques se stabilisent et que la redistribution des cartes entre audiovisuel et numérique se fasse. Actuellement, on est encore en plein dedans.

Troisième sujet, et c'est semble-t-il en train de commencer à bouger, que l'argent versé aille bien à la création et aux créateurs. Les organismes de gestion collective des droits et consorts, ceux qui fixent les montants et touchent cet argent, sont aujourd'hui un véritable trou noir, où on devine une belle gabegie (il suffit de voir les salaires astronomiques de la Sacem). Pas sur que les créateurs touchent vraiment leur juste part. Or, cet aspect est essentiel pour l'acceptabilité du système. Payer pour la création, d'accord, pour des intermédiaires parasites et pour des frais de gestion démesurés, certainement pas.