Depuis quelques mois, quatre sénateurs UMP renouvelables en 2011 ont quitté le Sénat. Michel Thiollière a été le premier à partir, à destination de la Commission de régulation de l'énergie, autorité administrative indépendante. Le mouvement s'est accéléré depuis un mois, avec la nomination de Christian Gaudin comme administrateur des terres australes, le départ d'Alain Lambert à la Cour des Comptes. Et voilà maintenant que Jean-Claude Etienne, sénateur de la Marne, rejoint le conseil économique et social. Tous étaient renouvelables en 2011 et n'auraient sans doute eu aucun mal à être réélus (sauf peut-être Michel Thiollière). On peut y ajouter le départ du député Pierre Cardo parti présider la nouvelle autorité de régulation du ferroviaire. Je ne sais pas trop comment analyser cela, mais il est clair qu'il se passe quelque chose.

Il semble que tous ces parlementaires aient ressenti une lassitude dans l'exercice de leurs mandats parlementaires, et/ou un sentiment d'impuissance et d'inutilité. Ils ont eu envie de réorienter leurs carrières, pendant qu'ils en avaient encore l'âge (au moins pour Thiollière, Lambert, Gaudin et Cardo). Si cela se confirme, c'est une évolution que je considère comme très positive, car j'estime qu'au bout d'un certain temps, les élus n'apportent plus rien. Tout élan, tout dynamisme s'essouffle, et une rotation aux places électives ne peut être que bonne pour la démocratie. Il y a beaucoup trop de "has been" qui encombrent les bancs du Parlement, qui ne bossent plus, mais comme ils sont sortants et habiles à flinguer les successeurs potentiels, ils sont réélus.

Certains ont protesté quand Christian Gaudin a été nommé chez les manchots, car il a un statut de préfet. C'est un peu surfait car si effectivement il est formellement dans le corps des préfets, administrateur des terres australes et antarctiques, cela n'a pas grand chose à voir avec un poste préfectoral en métropole ou dans un DOM. Les autres sont partis vers des fonctions de contrôle et de régulation. Que d'anciens parlementaires, encore dynamiques, mettent leur expérience au service de leur concitoyens dans ce genre d'activités, je considère que c'est une très bonne chose. Et contrairement à nombre de hauts fonctionnaires, leurs opinions politiques sont connues et assumées. On sait à qui on a affaire. Je n'ai jamais cru au mythe d'une haute fonction publique apolitique. Ils sont tous passés (ou presque) par des cabinets ministériels...

Je crois d'autant moins au risque de politisation que ce sont des personnes en fin de carrière, qui n'attendent plus rien. Pour des activités de contrôle et de régulation, c'est absolument indispensable. Il faudrait continuer dans cette voie, et l'ouvrir davantage encore, notamment aux élus d'opposition, qui seraient certainement beaucoup plus utiles et heureux dans une autorité de contrôle avec des vrais moyens, qu'à s'égosiller inutilement dans les travées d'un hémicycle.