La liste des personnalités qualifiées, nommées par le gouvernement au Conseil Economique, Social et Environnemental, vient d'être publiée. Pour mémoire, ce CESE est le plus beau fromage de la République. Les membres de cette assemblée dont l'existence est prévue par la Constitution (donc pas supprimable), sont bien rémunérées et fournissent le travail qui leur plait de fournir. Certains bossent, plutôt bien d'ailleurs, d'autres n'y vont que pour toucher la paie. Les syndicats et autres organisations y ayant des sièges y envoient leurs permanents ou leurs militants méritants et un peu sur le retour, à qui on assure ainsi une confortable fin de carrière. Mais le plus gros scandale reste celui du choix des personnalités qualifiées nommées par le gouvernement. Et la fournée 2010 n'a pas dérogé à la règle.

Premier collège, les personnalités ayant une expérience dans le domaine économique. Le président de la Fédération nationale des Travaux publics, Sophie de Menthon, présidente de Ethic, la présidente de GRDF (le réseau de distribution du gaz), la présidente de la fédération des particuliers-employeurs, le producteur de films Alain Terzian, ceux là oui, je vois à peu près leur expérience du domaine économique. Par contre, trois conseillers généraux UMP (dont un des Hauts-de Seine) et une ancienne adjointe (UMP) au maire de Paris, j'ai un peu plus de difficulté. Peut-être que je me trompe et qu'effectivement, ce sont de grands experts, mais les titres sous lequel ils apparaissent ne le laisse pas deviner. Qu'il y en ait un, avec des compétences économiques, pourquoi pas, mais quatre élus ou anciens élus...

Deuxième collège, le plus "fourre-tout", le domaine social, culturel, sportif, scientifique, retraités, personnes âgées. Etrangement, c'est celui où il y a le moins de bizzareries. Mais il y en a. Le premier nom qui saute aux yeux, c'est celui de Jean-Paul Delevoye. Certes, c'est une personne fort respectable, compétente, et tout ce qu'on veut. Mais le rattachement au collège est un peu ténu, malgré le champ très large. A limite, on peut le mettre dans le social en tant que médiateur de la République, mais c'est bien tout. On trouve aussi un sénateur UMP en exercice, Jean-Claude Etienne, qui va donc devoir quitter le Sénat (c'est véritablement une épidémie...) mais comme c'est un médecin, on peut le rattacher au scientifique. Plus étrange, l'ancien maire de Pau, Yves Urieta, qui est passé du PS à "gauche moderne", le groupuscule de Bockel, où là, ça sent le recasage à plein nez. Par contre, Raymond Soubie a toute sa place dans ce collège, ainsi que Laura Flessel, championne d'escrime.

Le troisième collège "environnement et développement durable" est pas mal non plus en terme d'anomalies. Que vient faire là Hugues Gall, ancien directeur de l'Opéra de Paris, membre de l'académie des beaux Arts et directeur de la fondation Monet ? Autant, dans le deuxième collège, d'accord, mais là ! Pareil pour Claire Gibault, qui en plus d'être une "cultureuse", est aussi une ancienne députée européenne UDF. Les anciens élus et hauts fonctionnaires y pullulent : Hugues Martin, le premier adjoint d'Alain Juppé à Bordeaux, Raymond Le Bris, ancien préfet, ancien directeur de l'ENA, Ange Santini, maire de Calvi et conseiller UMP à l'Assemblée de Corse. On apprend également que Pierre Charon, conseiller à la présidence de la république, président de l'établissement public du château de Chambord est renouvelé dans ce collège. On est presque surpris de trouver dans ce collège le climatologue Jean Jouzel.

République exemplaire qu'il disait...