Dans un billet dont lui seul a le secret, Benjamin Lancar a eu une petite incise où il dit que Pierre Laval faisait partie d'une classe politique courageuse, et qu'il a redressé économiquement la France en 1932. Passons rapidement sur la débilité profonde de la position de Lancar, que ce soit sur le "courage" de la classe politique des années 30 (mouarf) que sur le "redressement économique" de 1932 (re-mouarf). Tout cela relève d'une ignorance crasse de l'histoire et d'une tentative pitoyable d'instrumentalisation de la Résistance pour des considérations militantes.

Ca m'a agacé que certains n'aient pas manqué de rappeler que Pierre Laval fut un chef, sinon LE chef de la collaboration avec les allemands pendant la seconde guerre mondiale. Sans que ce soit formellement écrit dans l'article, mais c'est tout comme, on en déduit de cet article du nouvelobs.fr qu'il est interdit de dire du bien de l'action politique de Pierre Laval, quelque soit la période, son action entre 1940 et 1944 ayant discrédité l'ensemble de son action politique.

Certes, je n'ai guère de sympathie pour le personnage de Pierre Laval, mais jusqu'en 1936, c'est un homme politique ordinaire, très intelligent, aussi manœuvrier et intriguant que ses collègues. Ce qui l'a fait basculer, c'est l'ostracisme qui le frappe à partir de 1936. A compter de son départ du poste de président du conseil, depuis 1936, il n'est plus rien : plus le moindre ministère, la mise à l'écart. D'où une frustration et un ressentiment qui l'on mené à la collaboration. Il y a donc deux étapes dans la carrière de Pierre Laval, et l'homme d'avant 1936 n'a pas grand chose à voir avec celui d'avant.

Cela m'énerve toujours que l'on réduise une personne à un moment précis de sa vie, en général celui où il a fauté. Je crois à la rédemption possible, comme je crois qu'une personne qui a chuté peut avoir été correcte avant. Si les opposants à Lancar n'ont à apporter en face, que des réponses du même niveau, c'est triste pour le débat démocratique. Il y a tellement de manière d'éclater la gueule de Lancar sur cet article de blog, où il enfile les erreurs d'analyses historiques...