Nicolas Sarkozy va aujourd'hui faire une ballade à Rome, histoire d'aller s'expliquer entre quatre yeux avec Benoit XVI. Nul doute que cette visite sera suivie d'une conférence de presse avec moult gestes de conciliation, niant qu'il y ait eu le moindre désaccord, que tout cela n'était que malentendu. On épicera tout cela de belles paroles destinées à faire ronronner le catholique de plaisir, voire même on annoncera une ou deux mesures symboliques s'il faut mettre une dose plus importante.

Si Sarkozy croit qu'il peut se rabibocher comme ça avec un électorat, il se met le doigt dans l'oeil ! Les électeurs peuvent parfois être des veaux, mais pas toujours. Les gens savent tirer un bilan d'ensemble, juger les paroles, mais aussi les actes. Et surtout, ils savent très bien mettre les deux en parallèle et mesurer la distance. C'est d'autant plus vrai chez les catholiques, qui sont une communauté plutôt "éduquée".

Entre l'électorat catholique (et chrétien en général) et Sarkozy, il y a un contentieux de plus en plus lourd, sur le fond. Certes, il y a eu du positif, avec la vraie ouverture de Sarkozy sur les questions de laïcité et de légitimité des autorités religieuses à prendre part au débat public. Les catholiques ont eu droit à leur part de "temps présidentiel", voire plus que d'autres communautés, Sarkozy n'ayant jamais rechigné à s'afficher aux cotés du pape ainsi qu'à des événements marquants pour les catholiques, autant que le permet la "tradition française". Il est aussi venu chez les protestants, qui pourtant ne sont pas numériquement très importants. Là dessus, le job est fait, on ne peut pas accuser Sarkozy de négliger les chrétiens.

Mais il y aussi du négatif, car si Sarkozy a montré qu'il prenait en compte les catholiques, il a aussi montré qu'il ne faisait pas partie de leur communauté et qu'à titre personnel, il ne partageait pas leurs valeurs. Modestie, vie régulière, pondération, respect de l'autre, c'est pas franchement ce qu'on retrouve chez Sarkozy. Le bling-bling, l'omniprésence médiatique, la volonté de cliver, tout cela heurte cet électorat catholique volontiers centriste et modéré. Certes, sur la sécurité, il a rassuré les vieux, qui sont nombreux dans l'électorat catholique, mais c'est en tant que vieux qu'ils ont apprécié cette position pas forcement en tant que catholiques. Sur des sujets sensibles, Sarkozy n'a pas toujours été attentif aux attentes, avec des annonces maladroites (diminution des avantages pour familles nombreuses) voire des décisions prenant les chrétiens à rebrousse-poils (chasse aux Roms, loi Besson sur l'immigration...).

Les catholiques ne seront donc pas dupes de la valeur des engagements de Sarkozy envers eux : des belles paroles, qui ne seront pas forcement suivies d'effets, car ne correspondant pas à des convictions profondes (sauf sur la laïcité). C'est pas une petite visite romaine qui va y changer quelque chose !