L'assemblée nationale vit actuellement une petite tragi-comédie. Après l'incident de la fin prématurée des débats sur la réforme des retraites, les députés socialistes ont décidé de boycotter la séance. Cela a permis un examen rapide et sans histoire de la réforme des collectivités territoriales. Se rendant compte que ce boycott des débats ne pouvait pas durer, et rendait plutôt service à l'UMP, les responsables de l'opposition ont décidé de boycotter la conférence des présidents.

Cet organe regroupant le président de l'Assemblée, les présidents de groupes et les présidents de commissions organise les travaux parlementaires de l'Assemblée, notamment l'ordre du jour. C'est la conférence des présidents qui décide si un texte est examiné en temps programmé ou pas, et si oui, fixe le temps attribué à chaque groupe. Ce boycott était une manière pour l'opposition de "maintenir la pression" sur Bernard Accoyer, sans trop se pénaliser elle-même.

Les débats sur le projet de loi immigration ayant trainé (comme d'habitude), on s'approche du moment où il va y avoir un problème de temps. Normalement, c'est ce soir que le clash se produit, pour le PS, comme d'habitude, mais aussi pour l'UMP, ce qui sera une grande première. Mais pour une fois, il n'y avait pas volonté d'obstruction de la gauche, simplement les débats ayant porté sur des sujets très sensibles, ça a pris du temps. La logique voudrait qu'on rajoute du temps à tout le monde, pour permettre de débattre du reste du texte dans des conditions normales. C'est d'autant plus logique qu'il y a encore des sujets lourds à venir, sur lesquels il serait franchement anormal de ne pas débattre.

Mais il y a un hic. C'est la conférence des présidents qui peut décider de rajouter du temps. L'UMP indique qu'elle ouverte à cette idée, mais qu'il faut que l'opposition vienne le demander en conférence des présidents. C'est un peu comme des parents qui disent à un enfant boudeur qu'il aura ce qu'il veut, s'il arrête de bouder. Si l'opposition cède, elle perd la face. C'est donc inacceptable, et l'UMP le sait, et en joue pour essayer de faire porter le chapeau de la crise de temps à l'opposition : "il ne tenait qu'à vous d'avoir du temps supplémentaire...". L'opposition est prise au piège, car pour répondre à cela, il faut expliquer les raisons du boycott de la conférences des présidents. Pas certain du tout que ce soit médiatiquement audible. En tout cas, ce sera beaucoup moins audible que la position de l'UMP.

Au fil de la soirée, on voit le temps du groupe PS qui diminue, jusqu'à se transformer en papier à cigarette. Les députés socialistes cessent alors de s'exprimer pour ne pas épuiser le reste de leur temps et pouvoir continuer à demander des scrutins publics. C'est un moyen de retarder le déroulement des débats, car il faut 5 minutes entre l'annonce du scrutin public et le vote. En demandant les scrutins à la dernière minute, ça oblige les députés à attendre que le délai s'écoule. Ce petit jeu continue jusqu'à la levée de la séance.

La course vers le vide va donc reprendre ce jeudi matin.