Depuis l'annonce du remaniement, la presse s'en donne à coeur joie, multipliant les scénarios, distribuant les postes, listant ceux qui partent et ceux qui restent. Sauf que personne ne sait rien, pas même Sarkozy, qui n'a sans doute pas tranché entre les différentes possibilités. Que la presse examine les grands scénarios possibles, c'est dans son rôle, mais là, ça devient franchement gavant car bien des papiers n'analysent rien du tout et se contentent de rapporter ragots et bruits de couloirs, matière dans laquelle nos "journalistes politiques" excellent.

Le dernier en date, c'est dans les échos : Borloo aurait appelé des collaborateurs de Fillon pour savoir s'ils seraient prêts à rester avec lui s'il est nommé à Matignon. Et le journaliste de rajouter que, selon certains bruits, Borloo à Matignon, c'est fait, et Fillon passerait à la présidence de l'Assemblée nationale pendant qu'on exfiltrerait Accoyer dans un ministère. Qu'en disent les intéressés ? Accoyer souhaite-t-il quitter le perchoir ? Ce n'est pas vraiment ce que j'entends, bien au contraire ! Pareillement, François Fillon souhaite-t-il se retrouver dans la voie de garage de l'hôtel de Lassay, pour gérer une fin de législature. En général, quand un président de l'Assemblée part en cours de mandat, c'est un "second couteau" qui prend le relais. Une analyse de la faisabilité politique de cette partie de billard aurait pu avoir un intérêt.

C'est la même chose pour la faisabilité technique. Le problème, soulevé dans l'article, c'est le mois de décalage entre le départ de Fillon du gouvernement et son retour à l'Assemblée. L'article rapporte que la solution retenue serait l'intérim du vice-président de l'Assemblée. Ce scénario de l'intérim avait déjà été envisagé lors du départ de Jean-Louis Debré, en 2007. Il ne restait que quelques semaines avant les élections, et plus aucune séance à présider. L'option de l'intérim du premier vice-président avait été écartée, au prétexte que certains actes ne pouvant être accomplis que par le président de l'Assemblée, il fallait pourvoir au poste immédiatement. J'imagine mal qu'en pleine session, on se passe pendant un mois de président, pour attendre le retour de celui qui a été désigné pour prendre le poste. Ce serait une humiliation suprême pour l'institution, priée de tordre ses principes et son fonctionnement pour entrer dans les calculs de l'exécutif.

Je peux vous dire que ça ne se passera pas comme cela, car les plus vexés ne seront sans doute pas les députés (ils ont l'habitude...) mais les fonctionnaires de l'Assemblée, qui se veulent les gardiens de l'institution et en premier lieu de son indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif. Que le président donne ses ordres sur le contenu des textes qui doivent être votés, cela ne les dérangent pas, mais qu'il ne viennent pas mettre son nez dans leur domaine réservé du fonctionnement de l'Assemblée.