Un consultant en numérique, dirigeant d'agence de comm' (ayant notamment travaillé pour le candidat Nicolas Sarkozy en 2007) s'est taillé un petit succès auprès de la blogosphère antisarkozyste avec une attaque en règle contre le président et l'UMP. Elle est d'autant plus culottée qu'elle vient d'un ancien conseiller de Sarkozy. Si échec il y a, c'est un peu le sien...

Arnaud Dassier commence par louer la modernité de la campagne de Sarkozy sur le net, avant de regretter que le soufflé soit retombé. Cette campagne numérique, ce n'est pas Sarkozy qui l'a organisée, mais des agences à qui on a sous-traité le travail et qui l'ont mené avec professionnalisme. Mais cela n'a pas fait de Nicolas Sarkozy un geek. Venir lui reprocher maintenant de ne pas avoir profité de cela pour s'initier au net est assez osé, car c'est aux conseillers de l'époque de tenter de profiter de l'occasion. Un candidat a tellement de sollicitation que si on attend qu'il se manifeste, on peut attendre longtemps. Visiblement, cela n'a pas été fait. Peut-être cela n'était-il pas possible, c'est probable. Mais que celui qui était en position de faire avancer les choses, trois ans plus tard, reprocher au président de ne pas avoir fait l'effort, c'est un peu gros !

Un secrétariat d'Etat à l'économique numérique a été créé. Certes, il ne dispose pas de gros moyens, mais au delà de la communication, il a permis de tisser des réseaux, de faire remonter des analyses et de faire évoluer la vision du numérique des responsables politiques. Créer une usine à gaz administrative, avec une flopée de fonctionnaires aurait été le meilleur moyen de couler l'économie numérique, qui demande surtout qu'on lui foute la paix. Les 4 milliards obtenus sur le grand emprunt, c'est le premier résultat tangible du travail de NKM pour familiariser les décideurs au numérique. C'est vrai que la politique du gouvernement en matière de sites internet publics n'est pas fabuleuse, mais si on se penche un peu sur le sujet, on se rend compte que le principal problème, c'est l'organisation administrative des ministères et le code des marchés publics ! Le dossier médical informatisé est embourbé, mais la faute à qui ? Aux différentes administrations et les professionnels qui se chamaillent le contrôle du machin ou qui le sabotent car elles y perdent du pouvoir. Le numérique n'est qu'une facette d'un dossier. Autre exemple où Arnaud Dassier ne voit que l'aspect qui lui plait, le data.gov. Oui, la France est très en retard sur cette question de l'accès aux données publiques. Mais le problème est avant tout culturel. Contrairement aux anglo-saxons, la France n'a pas franchement la culture de la transparence et a longtemps privilégié le secret administratif. Aujourd'hui encore, l'accès aux documents administratifs peut se transformer en parcours du combattant, au point qu'il existe une autorité administrative indépendante sur le sujet, la CADA. On peut le déplorer, militer pour que cela change (et je prend ma modeste part à ce combat), mais il cela prendra du temps, car c'est toute une mentalité administrative qu'il faut faire bouger. Rien de numérique.

Arnaud Dassier fustige ensuite l'UMP, qu'il considère comme enfoncé dans un bourbier, au fond d'une impasse numérique. C'est vrai que ces trois dernières années n'ont pas été fabuleuses et que le passif est assez lourd, entre les boulets Lefebvre et Morano, Hadopi, la Loppsi et les fumisteries diverses émanant de sénateurs déconnectés. Mais la correction de tir est largement entamée. Un groupe de députés, appuyés par Jean-François Copé, initie un changement de cap, accompagné d'un réel travail de compréhension des réalités du numérique. Dans ce domaine, le parti UMP prend des initiatives, pas toujours très heureuses, mais il se lance. C'est en faisant des erreurs qu'on apprend et qu'on avance. Même en partant de loin, comme l'UMP, on peut arriver à des résultats acceptables, voire même devenir bon. A ceux qui fustigent les créateurs de possible, je signalerait que la coopol n'est pas non plus une franche réussite. Dans les deux cas, l'exercice était difficile, et aucun des deux partis ne s'est lancé dans l'aventure des réseaux sociaux sans prendre l'avis d'experts du numérique, groupe dont Monsieur Dassier se targue d'être membre.

Je le rejoints sur le fait que l'influence de tout cela sur l'élection de 2012 sera marginale. Mais je suis plus optimiste que lui sur les capacités d'évolution de l'UMP sur les questions numériques. Le travail est en cours, avance certes assez lentement, mais comment pourrait-il en être autrement ? C'est un travail collectif, que l'on ne peut pas ramener à un seul homme, fut-il président de la République. Ce qui compte, c'est que ça aille dans le bon sens et là dessus, je suis plutôt optimiste.