Regard citoyens vient de se lancer dans un travail dantesque d'identification et d'analyse des personnes auditionnées par l'Assemblée nationale. L'idée est d'établir une liste la plus exhaustive possible, afin de savoir qui est écouté par les députés, avec l'établissement d'une typologie. Initiative saine et louable, à condition d'être correctement menée...

Je dois reconnaitre une certaine hésitation. D'abord l'usage du terme "lobbying" me gêne, car cela créé une connotation négative à ce qui est une saine consultation. Cela laisserait à penser que c'est une mauvaise chose que les rapporteurs soient à l'écoute des acteurs socio-économiques du dossier qu'ils ont à traiter, et qu'il faut les dénoncer. Il est normal que le parlement consulte et échange. Les données relevées vont sans doute permettre de voir qui s'exprime le plus souvent, à condition d'élaborer une typologie des sujets et des thèmes abordés. Un vaste classement général n'aurait aucun sens.

Une typologie des intervenants est prévue. Il est souhaitable qu'elle soit fine, et ce sera assez délicat. Certaines organisations ne sont pas univoques, mais au contraire, des fédérations dont les membres peuvent avoir des intérêts divergents. Pour avoir suivi de très près certains dossiers comme le numérique, c'est parfois assez amusant et il faut vraiment être dedans pour démêler tous les fils des positions et des rapports de force. Il est également très difficile, voire impossible, à partir d'une simple liste de personnes auditionnées, de mesurer leur influence et l'impact réel de l'organisation. Bien souvent, les choses se passent bien en amont et ces auditions "officielles" sont purement formelles. C'est juste une manière de montrer que l'on existe. J'ai eu l'occasion de constater que certaines organisations, y compris publiques, se vexaient de ne pas avoir été auditionnées sur un sujet, quand bien même elles n'avaient rien de pertinent à dire. Il faudra donc être très prudent sur les enseignements que l'on pourra tirer de ce travail et ne pas surinterpréter.

Et c'est là qu'est ma principale réserve. Je crains beaucoup que certains ne s'emploient à instrumentaliser cette étude et ne fassent dire aux chiffres plus qu'il ne peuvent dire. Le lobbying est un sujet sensible, avec des gros enjeux politiques et le "partenaire" affiché de cette opération est une ONG de lutte contre la corruption, donc avec une vision très orientée du "lobbying". Il ne faudrait que Regard Citoyens, qui a jusqu'ici fait un travail très appréciable, se mette à travailler pour le roi de Prusse.