Après les annonces purement politiques sur le retrait de la nationalité française pour les délinquants, les propositions techniques arrivent. Elles prendront la forme, comme on pouvait s'y attendre, d'amendements au projet de loi sur l'immigration, qui sera débattu en commission début septembre, et en séance publique à la fin du mois.

Deux dispositions sont annoncées, prononcer la déchéance en cas de crime passible de plus de 5 ans de prison, commis dans les 10 ans suivant la naturalisation (en y incluant les atteintes à la vie d'une personne détentrices de l'autorité publique), et la possibilité de s'opposer à la naturalisation de jeunes nées en France de parents étrangers. Techniquement, ces mesures ne posent pas de problème majeur de constitutionnalité, d'autant plus que l'on a bien pris soin d'exclure cette possibilité si elle devait rendre apatride la personne sanctionnée. Politiquement, elles risquent d'être suffisamment populaires pour passer comme une lettre à la poste. Comme pour la burqa, on va mettre en avant des cas inacceptables (quitte à reprendre les mêmes clients, tellement ils sont caricaturaux) et il sera difficile à l'opposition d'attaquer. Je ne suis pas juridiquement choqué outre mesure par ces deux dispositions (j'ai vu bien pire), même si j'ai un avis très mitigé sur leur opportunité.

Ce qui me dérange plus, c'est que la question de la nationalité, de ce qu'elle signifie, est complètement passée par dessus bord. Ce n'est pas le pseudo-débat sur l'identité nationale qui a pu bâtir un quelconque consensus sur la question des conditions d'attribution et de retrait de la nationalité française, ni sur le sens qu'elle doit avoir. C'est quoi être français ? La question n'a pas trouvé de réponse satisfaisante, comme cela était prévisible dès le départ. Je crains malheureusement que le gouvernement ne s'appuie sur cette pseudo consultation pour faire passer des mesures qui vont clairement dans le sens d'une restriction des conditions d'accès et surtout, d'une plus grande réversibilité. Le sujet n'a pas été suffisamment creusé et surtout pas correctement posé. C'est pourtant une question politique intéressante.

Et une fois encore, on apporte une fausse solution à un vrai problème. Je ne crois pas une seule seconde que la crainte de perdre la nationalité française soit un frein à la délinquance dans la strate de population visée. Par contre, on contribue à creuser un fossé au sein de la population française en stigmatisant, ce qui est de la politique à courte vue. Ces populations immigrées sont en France et y resteront pour une grande partie. Croire le contraire tient de l'aveuglement. Si la politique répressive en matière d'immigration menée depuis 8 ans et accentuée depuis 3 ans avait eu des résultats, on l'aurait déjà vu. A part couter beaucoup d'argent au contribuable et faire souffrir inutilement des gens, je ne vois pas ce que cela a apporté.