Dimanche dernier, la candidate de gauche a battu le sortant UMP au cours d'une élection partielle dans les Yvelines. L'exercice est toujours périlleux pour le parti au pouvoir, on en a une preuve de plus. Cette partielle a indéniablement une dimension "nationale" car la circonscription gagnée par la gauche était jusqu'ici un fief de droite. Elle a aussi des conséquences sur le fonctionnement du Parlement.

Comme le dit le proverbe, dans un changement, on sait ce qu'on perd, mais on ne sait pas forcément ce qu'on gagne. Je ne connais pas Madame Poursinoff, peut-être se révélera-t-elle une députée assidue et compétente. Par contre, je connais Monsieur Poisson et je sais ce que l'Assemblée nationale perd avec son départ.

Jean-Frédéric Poisson s'est énormément investi au sein de la Commission des affaires sociales, en particulier sur les questions de droit du travail et de dialogue social. Il était même devenu, en deux ans, le référent pour le groupe UMP sur ces questions. Il a été rapporteur au fond sur la réforme des syndicats et s'en est très bien tiré, alors que le dossier était miné. Il a également été rapporteur de la mission d'information sur la pénibilité au travail. Son départ crée un vide au sein du groupe UMP car, sur ces questions, il n'y a malheureusement pas grand monde pour reprendre le flambeau. Et avec la réforme des retraites qui arrive, c'est vraiment un gâchis que l'auteur de deux rapports sur la pénibilité et la souffrance au travail ne soit plus député.

C'est une perte pour le travail législatif, car une fois sorti des séances télévisées, quand le travail de fond reprend ses droits, c'est intéressant pour tout le monde que le groupe majoritaire ait un ou plusieurs référents solides sur un sujet précis. C'est la garantie que des initiatives seront lancées (missions d'informations, rapports, propositions de loi...) et qu'elles seront menées par quelqu'un qui maîtrise le sujet. C'est comme cela qu'on fait avancer un dossier. L'inverse est également vrai. Il est nécessaire que les groupes d'opposition aient des spécialistes qui tiennent la route, pour être les partenaires dans les missions d'information, dans les rapports d'application de la loi, et parce que, tout simplement, c'est nécessaire qu'il y ait des débats de qualité pour faire avancer un sujet, et qu'il est difficile de débattre seul.

Finalement, sur beaucoup de sujets, il n'y a que quelques spécialistes, pas plus de trois ou quatre au sein de l'UMP ou du PS. Souvent, c'est un seul. L'exemple parfait est la Commission des Finances. Côté UMP-NC, vous enlevez Gilles Carrez, Michel Bouvard et Charles de Courson, et côté PS Jérôme Cahuzac, Jean-Pierre Balligand et Dominique Baert, je ne vois pas comment on fait ! c'est eux qui portent littéralement cette Commission des Finances. Sur les questions maritimes, le jour où Jean-Yves Besselat arrêtera, on aura aussi un grand vide. Et je pourrais citer d'autres députés, comme le socialiste Jean Gaubert, dont le départ appauvrira le groupe PS et la Commission des affaires économiques dont il est un pilier.

Les députés ne sont pas interchangeables. Madame Poursinoff qui remplace Monsieur Poisson, ce n'est pas un jeu à somme nulle dont l'impact se limiterait à un député UMP de moins et une députée GDR de plus.