L'UMP et internet. Vaste sujet, avec des conclusions très différentes suivant l'angle que l'on choisit de prendre, car il y a de tout à l'UMP, des technophobes aboyeurs dont les meilleurs exemples sont Frédéric Lefebvre et Nadine Morano, mais aussi des live-tweeters comme @deputetardy ou @yfavennec. Une telle diversité est normale et quelque part rassurante pour l'UMP. Ce n'est pas un monolithe. Ce qui me rassure encore plus, c'est que les aboyeurs ne sont pas forcement très écoutés en interne sur le sujet.

Hier soir avait lieu la réunion sur la loi 2.0. Ce fut une bonne réunion, sur le fond comme sur la forme. Les députés présents (dont Franck Riester...) ont surtout écouté. Les questions et interventions de la salle ont été constructives et intelligentes. Ce fut un débat comme on rêve d'en avoir sur tous les sujets. Seuls bémol, les lobbies du monde de la culture n'ont pas pu s'empêcher de pratiquer leur habituel monologue, prenant le micro pour débiter leurs éléments de langage sans aucune volonté de s'insérer dans le débat, c'est à dire d'écouter les autres et de leur répondre. Ce fut flagrant avec la lobbyste du groupe Vivendi, qui a commencé par regretter qu'on ne l'ait pas auditionnée. Elle n'a visiblement pas compris que le processus lancé par le groupe de travail sur l'éthique du numérique est d'une autre nature, et qu'il privilégie le débat et la concertation sur le fond par rapport à une série de monologues de lobbies venus refourguer leur camelote, comme cela se pratiquait jusqu'ici (et parfois encore actuellement, à l'image de cette pitoyable mission d'information sur "la protection des droits de l'individu dans la révolution numérique").

Au cours de cette réunion, Jean-François Copé a reconnu qu'il avait évolué sur hadopi. Sans renier ses positions de l'époque, il admet toutefois que le résultat est bien mince et que politiquement, hadopi n'a pas été une réussite. Il a aussi reconnu que le numérique est devenu quelque chose d'important, et qu'il est nécessaire de creuser davantage le sujet. C'est clairement la feuille de route qu'il avait donné à Hervé Mariton lors de la création de ce groupe de travail. Globalement, cela reflète aussi la position de nombre de députés UMP, ainsi qu'un constat : il va falloir s'y mettre. Laure de la Raudière a résumé cela en une excellente formule : la meilleure défense face à internet, c'est d'y être.

Sur l'affaire Woerth, l'UMP est sur internet : achat de mot clés, ouverture d'un blog et d'un compte twitter. C'est maladroit, mais quelque part rassurant : la culture du numérique arrive aussi à l'UMP, qui entre dans le jeu. Je prend le pari que les positions de Lefebvre et Morano seront de plus en plus marginales. Certes, il y aura toujours des technophobes qui feront du bruit dans les médias car il y aura encore pendant longtemps une clientèle pour les écouter. Mais dans les faits, et notamment dans la manière de légiférer, c'est d'autres qui vont prendre la main, d'autres qui commencent à s'immerger dans le numérique, pour le comprendre et ne plus légiférer à contre-courant. Ca prendra du temps, il y aura des ratés, des maladresses, mais c'est parti, le basculement a eu lieu. La réunion de hier soir, dans l'enceinte même de l'Assemblée nationale en est la preuve.