Sarkozy avait annoncé un grand remaniement pour octobre. Il espérait peut être que ça ferait patienter l'opinion et lui permettrait d'éviter les démissions en cascade de ministres mis en cause pour leur "éthique défaillante". C'est mal parti pour lui avec la démission d'Alain Joyandet, qui joue là un bien mauvais tour à Nicolas Sarkozy.

Joyandet se savait condamné. On lui avait sans doute déjà fait comprendre qu'il serait dans la charrette d'octobre, en première classe même. Cette démission surprise semble être une anticipation de ce départ. Quitte à partir, autant le faire au moment que l'on a choisi, au lieu de se faire virer. Et grillé pour grillé auprès de Sarkozy (la carrière ministérielle de Joyandet est terminée) il ne prend pas de gants et s'offre le plaisir de mettre le président en difficulté en jouant le rôle de la brêche dans la digue. Il faut reconnaitre que ça a de la gueule et du panache.

C'est Sarkozy qui est maintenant dans la mouise. Il a prévu un grand remaniement en octobre, après la réforme des retraites, avec changement possible de premier ministre. Il fallait absolument que le gouvernement en place tienne jusque là. Le début juillet n'est pas le moment idéal pour remanier, en terme de plan médias. Les français commencent à partir en vacances et la coupe du monde n'est pas finie. De plus, cela obligerait Sarkozy à remanier dans l'urgence, donc sans avoir pu préparer les éventuels ralliements ou nominations "surprises". Sarkozy risque ici de se faire imposer un calendrier qu'il n'a pas choisi et qui lui est défavorable.

Joyandet ayant clairement lié sa démission aux affaires soulevées dans le Canard (son avion à 116 000 euros et son permis de construire sur la cote d'azur), la position de certains autres ministres devient intenable, à commencer par Christian Blanc, dont le rôle est terminé avec le vote de la loi sur le Grand Paris, et qui lui aussi a été mis en cause pour des dépenses jugées "somptuaires". Si lui aussi démissionne dans la foulée (Edit: c'est fait), la digue est rompue et ce sera au tour de Woerth, dont la place ne tient qu'à un fil d'être en première ligne. En fait, le principal problème pour Sarkozy, c'est la démission de Woerth. Les autres, il peut se permettre de ne pas les remplacer, personne ne s'en apercevra. Mais Woerth, pas possible, il faut le remplacer. Le bruit court que Xavier Bertrand est prêt à reprendre le rôle au pied levé.

Nous aurons bien le grand remaniement en octobre, avec un simple remplacement au ministère du travail si nécessaire. Techniquement, ce n'est pas grand chose, politiquement, c'est une autre histoire. Cela va obliger Sarkozy a un très grand remaniement s'il veut se relancer à la rentrée. Je suis bien content de ne pas être en cabinet ministériel en ce moment (et j'ai une pensée pour les membres du cabinet de Joyandet qui ne devaient pas s'attendre à ça).