Cette semaine, Bernard Accoyer s'en est donné à coeur joie sur Jean-François Copé, s'y reprenant même à deux fois pour lui taper dessus, l'accusant de semer le désordre et la confusion. Accoyer considère que Copé, par ses initiatives, brouille les pistes et perturbe le bon fonctionnement des institutions. En plus d'être assez confus et à contre-temps dans ses attaques, Bernard Accoyer montre surtout qu'il n'a pas vraiment compris qu'il y a eu une réforme constitutionnelle en 2008, et qu'elle a modifié les équilibres. Ce qu'Accoyer appelle "perturbation", c'est en fait le nouvel équilibre !

C'est vrai que ce n'est pas très "républicain" de doubler une mission d'information pluraliste en montant son propre groupe de travail et en formulant, avant les autres, ses propositions. Mais à partir du moment où Copé a la possibilité de faire examiner son texte avant ceux des autres, c'est forcement sur ses propositions que se fait le débat. Les semaines réservées à l'initiative parlementaire, permettent au président du groupe UMP de disposer de créneau où il inscrit les textes et les sujets qu'il veut lui donnent une maîtrise du calendrier. Copé en joue très habilement et très politiquement, bien plus que les autres présidents de groupe. Certes, ils ont moins de créneaux, mais rien ne leur interdit d'en jouer de manière aussi offensive et opportuniste ! En politique, la maîtrise de l'agenda est capitale.

C'est maintenant que l'on commence à se rendre compte que le grand gagnant de la revalorisation du rôle du Parlement, ce n'est pas le président de l'Assemblée ni l'opposition, mais bel et bien le président du groupe majoritaire ! On aurait pu ne pas s'en rendre compte si le président du groupe UMP avait été Bernard Accoyer, qui avait un style assez tranquille et respectueux des prérogatives de l'exécutif. Mais il se trouve que son successeur a d'autres ambitions et qu'il est déterminé à utiliser tous les atouts qui sont entre ses mains pour devenir un pivot de la majorité. C'est la réforme institutionnelle qui lui a donné les cartes dont il joue actuellement, et si certains ne sont pas contents, ils n'avaient qu'à y regarder de plus près avant de voter la réforme !

Cela montre une fois de plus à quel point cette réforme institutionnelle a été improvisée. C'en est dramatique. Les effets attendus ne sont pas forcement au rendez-vous (même s'il faut encore attendre un peu pour tirer un bilan), par contre, on se retrouve avec une foule d'effets qui n'avaient pas été prévus et pour certains indésirables. La Constitution de 1958, déjà bien déséquilibrée en 1962 par l'élection du président au suffrage universel et par la pratique gaullienne en ressort encore plus bancale. Les concepteurs de la réforme de 2008 avaient oublié une règle pourtant fondamentale : il y a les institutions et il y a les hommes et leurs pratiques, les deux ont autant d'importance. Le meilleur exemple, c'est la constitution de 1958, qui n'a pas la même application en cas de concordance des majorités ou en cas de cohabitation. Il y a aussi les conjonctures politiques qui font que des outils pensés comme "théoriques" ou en cas de conflit majeur deviennent presque d'usage courant. En 2008, nos constituants n'ont franchement pas été à la hauteur. Ce ne sont pas seulement les parlementaires qui sont à blâmer, c'est eux qui avaient le moins d'influence sur le texte, mais l'ensemble de la chaîne de décision. Cette faillite collective est assez alarmante sur le niveau de nos élites, ceux qui sont sous la lumière, mais aussi ceux qui sont dans l'ombre.