Ces derniers temps, les tribunaux allemands s'empressent de courir après les derniers criminels de guerre nazis. Vu que le temps passe, il ne reste que des quasi-nonagénaires à se mettre sous la dent, plus de 65 ans après les faits. En France aussi, nous avons connu cela avec le procès de Papon, qui n'était pas un innocent les mains pures, mais qui n'était qu'un comparse de second rang, un exécutant. Cet acharnement tardif me dérange, car pendant de longues années, il y a eu une foule de criminels de guerre en liberté, et c'est seulement maintenant qu'il n'en reste quasiment plus qu'on se met à les pourchasser.

Les procès actuels sont surtout là pour nous donner bonne conscience, et certains diront "pour l'histoire". Encore que, l'intérêt symbolique de juger des vieillards grabataires ne me saute pas aux yeux. Le procès de Nuremberg ou celui d'Eichmann ont eu autrement plus de portée et d'impact. Je ne vois pas tellement ce qu'on peut y rajouter, si longtemps après les faits. Cela n'effacera certainement pas le choix qui a été fait, à la sortie immédiate de la guerre, de punir les plus compromis, et de laisser filer le menu fretin. Il n'était pas possible de faire un procès à tous les gardiens de camps de concentration, à tous les Waffen-SS et à l'ensemble de ceux qui ont participé de près ou de loin à la Shoah, en Allemagne, mais aussi en France et dans le reste de l'Europe. Impossible matériellement, mais aussi moralement. Entre la vengeance et la réconciliation, il faut choisir et surtout doser convenablement. On peut contester ce choix (c'est facile 60 ans après) mais on ne l'effacera pas.

J'y vois une incapacité de la génération actuelle, celle des enfants et petits-enfants, à surmonter le traumatisme, à quitter la mémoire pour entrer dans l'histoire. Ce qu'ils ne comprennent pas, c'est que de plus en plus, pour tous les autres, la Shoah, c'est de l'histoire, ce n'est plus de la mémoire. On regarde les commémorations, parfois en se demandant pourquoi on en fait autant, mais globalement, il y a de plus en plus d'indifférence. Si on veut que les leçons qui doivent être tirées de cet évènement passent correctement, il faut s'y prendre autrement que de jouer les Caliméros, quelque que soit le traumatisme et la douleur des victimes (directes et indirectes). La meilleure manière de rendre hommage aux victimes, c'est d'adopter une autre stratégie, plus adaptée à la perception créée par le passage du temps, en visant l'essentiel, c'est à dire qu'un tel crime ne puisse pas se reproduire, ni même se repenser. Je ne suis pas certain que ce soit en s'acharnant sur quelques vieillards et en saturant l'espace public de monuments commémoratifs que l'on inscrira ce qu'il faut dans des esprits qui ne sont plus forcement très réceptifs.