Les centristes n'ont pas été longs à comprendre qu'ils avaient une magnifique opportunité de retrouver leur autonomie. A peine une semaine après le résultat des régionales, ils annoncent ce qui est une sorte de renaissance de l'UDF de VGE : un conglomérat de chapelles centristes, qui se fédèrent pour contrer le gros parti de droite, qui ne s'appelle plus RPR, mais qui y ressemble beaucoup, tant sur sa manière de fonctionner que sur son idéologie et son socle électoral.

Mais ce n'est pas vraiment une reconstitution de l'ancienne UDF. Les libéraux de l'ancien parti républicain, devenu Démocratie Libérale sont clairement ancrés à l'UMP et n'en partiront pas, sauf quelques individualités qui partiraient plus par dépit personnel que par divergence idéologique. Ce sont essentiellement les centristes qui sont concernés, notamment ceux qui étaient restés dans l'ancienne UDF après 2002 et qui ont rompu en 2007 avec Bayrou. Mais on pourrait bien voir arriver le parti radical valoisien, ainsi que des écologistes comme Corinne Lepage, un peu en rupture de ban et à la recherche d'un point de chute politique. Ces derniers attendront un peu de voir comment ce nouveau nouveau centre va prendre forme avant de rejoindre.

Ce nouveau parti centriste a quelques atouts. Il est idéologiquement assez homogène, très "démocrate-chrétien" là où l'ancienne UDF était très composite. Cela peut permettre l'émergence d'une pensée politique cohérente et réellement différente de celle de l'UMP. Il a un boulevard devant lui grâce à l'écroulement du Modem, dont il pourrait récupérer une partie des électeurs, des militants et des élus, qui restent fidèles aux idées centristes mais n'en peuvent plus de Bayrou et de ses rêves de gloire. Autre atout, Sarkozy a besoin que quelque chose renaisse au centre, afin d'achever l'étouffement de Bayrou, mais aussi comme contrefeu à Villepin, à qui il ne faut surtout pas laisser le monopole de "l'alternative à Sarkozy".

Mais il y a aussi un lourd handicap, celui du leadership. Ce nouveau nouveau centre n'a pour l'instant aucun leader d'envergure, à la fois doté d'un minimum de charisme, d'une notoriété nationale, d'une expérience de haut niveau. Hervé Morin n'est clairement pas à la hauteur, pas plus que Jean Arthuis qui sont pour l'instant les deux meneurs. Il faut bien voir que ce leader a vocation à être candidat au premier tour de la présidentielle de 2012, et donc à affronter Nicolas Sarkozy et François Bayrou (donc à s'en prendre plein la gueule). Jean-Louis Borloo pourrait être ce leader, mais en a-t-il envie ? Si jamais il recule, on risque de voir s'affronter des seconds couteaux sans envergure, ce qui signerait l'échec de ce renouveau.

Il faut attendre pour voir ce que cela va donner. Pour l'instant, c'est bien trop tôt. On ne sait pas encore ce que vont faire les centristes de l'UMP, ceux qui ont suivi Méhaignerie et Douste-Blazy en 2002. On ne sait pas comment vont réagir les militants déçus par Bayrou. On ne sait pas si ce parti saura aller plus loin que la simple distribution des postes d'élus, pour se donner une vraie pensée politique.