Le message des électeurs a été entendu. Enfin, c'est ce que nous dit en haut lieu, alors que la joue est encore bien rouge après la baffe des régionales. Hier, je me suis encore abstenu, et je ne le regrette pas. C'est triste de devoir en arriver là, mais certains n'écoutent les messages que si on leur colle une baffe. Alors collons des baffes, même si ce serait quand mieux de ne pas avoir à le faire...

C'est bien beau de dire que le message est entendu, si on ne précise pas quel message, c'est un peu gênant, alors je vais expliciter un peu le message que j'ai souhaité envoyer.

Oui, il faut poursuivre les réformes. De toute manière, les réformes se font, le tout est qu'elles se fassent démocratiquement. Là dessus, je suis un peu chiffonné par la qualité assez médiocre du processus. Pour être dans la soute d'une étape de ce processus, je vois passer des choses pas toujours très correctes, le Parlement étant souvent traité comme une chambre d'enregistrement. Il serait bon de redonner un peu de vigueur à la séparation des pouvoirs. Mais il faut reconnaître que beaucoup de choses, là-dessus, existent depuis bien avant 2007, et que c'est la machine politico-administrative qui est fautive, plus que les hommes qui la dirigent. Mais il n'empêche, un peu de réformes de ce coté là ne ferait pas de mal.

Oui, l'ouverture à Gauche est une bonne chose, à condition de ne pas mettre n'importe qui à n'importe quel poste. Migaud à la Cour des Comptes, Charasse au Conseil constitutionnel, pas de problème. Que le futur poste de Défenseur des Droits (qui remplacera le médiateur et un certain nombre d'autorités administratives indépendantes) soit attribué à une personnalité de gauche, là encore d'accord, mais pas Jack Lang (la rumeur le dit sur les rangs). Il est bon que l'opposition occupe les postes de contrôle et de surveillance, afin de limiter les dérives (naturelles) qui peuvent tenter ceux qui sont au pouvoir. Par contre, je regrette un peu que l'opposition, et notamment le Parti Socialiste, n'explicite pas davantage sa position sur le sujet. S'il reviennent au pouvoir, nommeront-ils des personnalités de droite à des postes de surveillance ? Dans quel état d'esprit entendent-ils exercer ce rôle assez nouveau en France (alors qu'il est banal ailleurs) de contre-pouvoir officiel ? Il ne me semble pas avoir entendu grand-chose. C'est pourtant cela, une démocratie apaisée : chacun a un rôle à jouer, et il faut donner à chacun les moyens de son rôle.

Par contre, là où ça commence à coincer, c'est l'image. C'est le fait de vouloir donner une image qui ne correspond pas à la réalité. Cela finit toujours par se voir, et l'électeur a l'impression d'être pris pour un con. Quand Sarkozy va dans un bassin d'emploi sinistré, promettant de sauver les emplois d'une usine qui ferme, il apporte une réponse inadaptée, qu'il sait pertinemment ne pas pouvoir tenir. Mais c'est la réponse que son public attend. Plutôt que d'expliquer la réalité, on préfère caresser dans le sens du poil. C'est de la politique à courte vue, car la réalité finit par l'emporter et le réveil est brutal, avec une perte de confiance dans ces élus qui ont menti. La France a changé, les politiques ont de moins en moins de pouvoirs, qu'ils acceptent cet état de fait et ne se présentent plus comme omnipotents ! La vraie rupture serait celle-là, expliquer aux français que la monarchie absolue, où tout dépend d'un seul homme, c'est fini depuis bien longtemps (et tant mieux). Or, que fait Sarkozy, il s'acharne à donner l'illusion du contraire !

C'est ce dernier point qui m'agace : cette volonté d'apparaître comme un monarque absolu, qui lui fait tout concentrer à l'Elysée (qui n'a pas les moyens administratifs de suivre), qui fait s'appuyer sur les grands corps de fonctionnaires, faisant perdurer ce qu'il faudrait justement réformer en profondeur. Et en plus, l'image médiatique va avec : une cour, avec favorite, étalage de richesse (pas toujours du meilleur goût), conseillers sans légitimité démocratique. Il faut en finir avec cette culture politique "ancien régime" pour faire de la France une vraie démocratie apaisée, où les politiques régulent plus qu'ils ne décident directement, où ils sont transparents, tant dans leur recrutement que dans l'exercice de leurs fonctions.

Mais là, je commence à rêver...