Le sujet des tarifs bancaires a beaucoup bougé ces derniers temps. Les banques sont obligées, depuis cette année, de donner à leur client un récapitulatif annuel des frais, ce qui permet d'avoir une meilleure idée de ce que coûte la banque. La directive européenne "moyens de paiement" a également pas mal secoué les pratiques des banques françaises. Enfin, en septembre dernier, la commission européenne avait mis en lumière l'opacité de la tarification bancaire en France, et avait donné une belle volée de bois vert aux banquiers français. Comme cela ne suffisait pas, l'autorité de la concurrence s'est intéressé au sujet, soulignant elle aussi l'opacité des tarifs, et annonçant une enquête sur une possible entente sur la tarification des chèques. Ca commence à faire beaucoup de nuages qui s'accumulent sur la tête des banquiers français. Ils se devaient de répondre, d'exposer leur vision et surtout, d'annoncer ce qu'ils sont prêts à lâcher.

Plutôt que de produire leur propre synthèse, sous le seing d'une de leurs associations représentatives, le lobby des banques a préféré faire missionner par Bercy deux de ses éminents "parrains", Georges Pauget, qui vient tout juste de quitter son poste de directeur général du Crédit agricole et la présidence de l'Association Française des banques (le lobby de la profession) et Emmanuel Constans, président du comité consultatif du secteur financier (le comité théodule de la profession). Leur lettre de mission est calibrée pour être une réponse aux différentes critiques dont ils ont fait l'objet, tout en leur offrant la possibilité d'allumer des contre-feux.

Cela me gêne un peu et surtout m'inquiète. J'espère que Christine Lagarde prendra ce rapport pour ce qu'il est, à savoir la position du lobby des banques, et qu'en aucun cas, elle ne le reprendra tel quel, comme si ce rapport avait été rédigé par ses services. Elle est déjà bien gentille de couvrir du manteau de l'Etat ce qui est la position d'un lobby, il ne faudrait pas en plus qu'elle la valide sans discussion. Ce rapport, c'est une base de départ pour un débat sur la relation des banques de détail avec leurs clients. Il n'engage en rien l'Etat, et c'est là que le bât risque de blesser.