On peut tirer beaucoup d'enseignements du résultat du premier tour des régionales. Il y en a un qui m'apparaît majeur, c'est que l'électorat de centre-droit est en complète déshérence.

L'UMP a fait son score habituel, sans trop de pertes. Le socle "RPR" de la droite parfois bien à droite, qui tourne autour des 20%, a largement répondu présent. A Gauche, le PS, a également fait son score, avec un peu de bonus. Les écologistes ont bien conservé une partie de l'électorat glané depuis quelques scrutins, confirmant un positionnement finalement assez centre-gauche derrière une rhétorique parfois un peu gauchiste. Par contre, le Modem, qui avait vocation à recueillir l'électorat centriste s'est effondré, ne captant que la partie la plus à gauche de l'ancien électorat de l'UDF, la partageant même un peu avec les écologistes.

Et il y a un trou béant, entre le Modem et l'UMP, avec un électorat qui ne s'est reconnu ni dans le Modem, ni dans l'UMP, peut-être en partie à cause des leaders respectifs de ces partis. Et comme ce sont des gens modérés pour qui, voter aux extrêmes est impossible, ils sont restés chez eux. Sans doute la mort dans l'âme pour beaucoup, à qui cela n'était pas arrivé souvent d'être des "abstentionnistes volontaires". Ne pas faire leur devoir électoral a dû être un crève-coeur, mais devant l'absence totale d'offre leur correspondant, ils ont bien du s'y résoudre. Je fais partie de cet électorat de centre droit en déshérence. Oui, je me suis abstenu dimanche. Aller voter me demandait un déplacement en province que j'aurais pu faire, si je l'avais vraiment voulu. Mais je n'avais pas envie de faire l'effort.

L'UMP se retrouve devant un problème majeur, car il a absolument besoin de cet électorat pour l'emporter au deuxième tour. Jusqu'ici, les caciques de l'UMP le pensaient captif, rechignant devant le coté très "droitier" de l'UMP, mais votant quand même. Ces régionales ont montré qu'il y avait un point de rupture, et qu'il avait été franchi (le débat sur l'identité nationale ayant sans doute été la goutte d'eau). Il y a donc urgence à recentrer l'UMP, pour retrouver cet électorat, du moins ne plus le rebuter. Cela implique de renoncer à chasser trop ouvertement sur les terres du FN. Pas évident comme choix.

Et pourtant, il va falloir le faire ce choix, car cet électorat en déshérence va très rapidement trouver preneur. Le Nouveau Centre, vassalisé par l'UMP, peut très vite retrouver une autonomie s'il sait capter cet électorat. En s'alliant avec les différences formations centristes (CAP21, le Parti radical valoisien et l'Alliance centriste de Jean Arthuis) ils peuvent recréer l'ancienne UDF, ramenant la droite à sa situation d'avant 2002.

J'attends la réaction de l'UMP, de son président, qui porte une lourde responsabilité dans cette désaffection de l'électorat de centre-droit. J'attends un exercice moins solitaire du pouvoir, moins bling-bling (même si effectivement, ça s'est amélioré là dessus par rapport à 2007) et surtout moins de personnalisation autour d'un seul homme. La politique, ce n'est pas seulement une question de personnes, de places à prendre. C'est aussi un programme, une réflexion de fond et surtout, un peu plus de recherche du consensus et d'exercice collectif du pouvoir.