Le théologien catholique Hans Kung irrite beaucoup mes amis catholiques. Celui-ci attaque lourdement sur le point sensible, les actes pédophiles commis dans les institutions religieuses par des clercs, et la gestion du problème par l'église catholique.

Il faut relativiser les propos de Kung. Il les tient dans le cadre de la promotion de son dernier ouvrage. Difficile de faire la part des choses entre ce qu'il pense réellement, et ce qu'il dit pour répondre à des journalistes qui, finalement, ne cherchent que le scandale, car cela fait vendre. Même chose pour sa position face à Benoit XVI, avec lequel il a un vieux compte personnel à régler. Cette accumulation de "précautions" à prendre vis-à-vis des prises de positions de Hans Kung rend sa crédibilité assez faible. C'est dommage, car il pointe un vrai problème, non pas le célibat des prêtres, qui n'est qu'un symptôme, mais la relation de l'église catholique avec la sexualité.

Célibat des prêtres et pédophilie ne sont pas directement liés. Tous les prêtres ne sont pas pédophiles et tous les pédophiles ne sont pas prêtres. Mais il n'empêche qu'il y a quand même beaucoup de problèmes qui apparaissent au sein de l'église catholique sur le sujet. Cela vient de la conjonction de trois éléments : la relation complexe de l'église catholique avec la sexualité en général, l'absence de vision globale du sujet de l'institution et le retournement de l'opinion sur la question de la pédophilie, devenue depuis 25 ans LE crime absolu.

Il y a, dans le catholicisme, une véritable peur de la sexualité, qu'il faut brider, encadrer, à défaut de pouvoir l'éradiquer (ils ont essayé, le résultat est encore pire). La Chair, c'est le péché ! c'est d'ailleurs ça qui intéressait le curé, à confesse, avant tout le reste. Chez nombre de catholiques, c'est un sujet dont on ne parle pas, ou pire, dont on parle très mal. L'éducation sexuelle, qui est essentielle dans la construction de la personnalité, se fait trop souvent de manière anarchique et sans encadrement, et donc parfois violente, par des parents et des institutions religieuses démunies. Comment transmettre et accompagner quand on est soi-même complètement démuni ou presque ? Cela peut donner des histoires risibles quand on décrit les naïvetés et les maladresses, mais aussi sordides quand, du fait de cette gestion dramatique de la sexualité, on transforme des adolescents en difficulté sur le sujet en pervers sexuels. On ne nait pas pédophile, on le devient. Et c'est souvent lié à un drame personnel vécu à un moment clé du développement de l'enfant et de l'adolescent.

L'institution est tout aussi démunie pour gérer la question de la sexualité des religieux. La seule réponse, c'est la politique de l'autruche. Le célibat et la chasteté officiellement imposés (à des degrés variables) sont une fiction commode pour l'institution. Pas de sexualité pour les clercs, donc pas de problèmes. Sauf que c'est impossible, et depuis toujours, il y a eu de nombreux accommodements : le curé et sa bonne, l'homosexualité... L'institution sait parfaitement ne pas pouvoir imposer une absence complète de vie sexuelle. Elle demande donc juste que cela ne "porte pas à conséquence", c'est à dire pas d'enfants et surtout, pas de scandale. Que cela ne se sache pas !

Il y a encore 40 ans, la pédophilie, mais surtout les viols sur mineurs (bien plus fréquents dans les affaires mettant en cause des religieux) n'étaient pas forcement considérés comme des fautes gravissimes. C'est depuis une trentaine d'années que l'on a vu progressivement monter ce refus des atteintes sexuelles, et notamment contre les mineurs. Le viol est devenu de plus en plus sanctionné, avec un périmètre beaucoup plus large. Ce n'est plus possible de "s'arranger" discrètement en déplaçant les religieux posant problème et éventuellement en achetant le silence des victimes.

L'église catholique se retrouve donc avec un double problème : faire face aux scandales en série, avec des bombes à retardement partout, et surtout, mettre en place une véritable gestion de la question de la vie sexuelle de son clergé, afin de régler le problème à la source. Une véritable révolution culturelle serait nécessaire.