Les nominations de Didier Migaud à la cour des comptes et de Jérôme Cahuzac à la présidence de la commission des finances de l'Assemblée nationale font grincer quelques dents au sein de la majorité UMP.

Personnellement, je trouve au contraire que ces nominations sont d'excellentes choses pour le fonctionnement démocratique de nos institutions. Ces deux personnalités de l'opposition sont nommées à des postes essentiellement de surveillance. Ni l'un ni l'autre ne mènent la politique économique et financière de la France. Mais les deux sont à des postes d'observation faisant d'eux des contre-pouvoirs. C'est une très bonne chose que ce soit l'opposition qui ait la main sur ces postes, car c'est la garantie de leur efficacité en tant que contre-pouvoir. On le voit bien à l'Assemblée nationale, le problème, ce n'est pas de manquer de prérogatives, mais du courage pour s'en servir.

Je trouve aussi que c'est une bonne chose, car il est anormal que l'opposition soit systématique privée de tout poste, que toutes les places soient réservées aux membres du clan présidentiel. Les grognements du coté de l'UMP sont clairement l'expression de cette vision "spoil system" de la vie politique, qui s'oppose à une vision plus "consensuelle" et moins clivée de la vie politique. Certes, il faut que celui qui dirige ait les moyens de le faire (c'est mon coté bonapartiste), mais il doit s'appuyer sur la base la plus large possible, en évitant que majorité et opposition soient en désaccord sur tout. En France, nous avons malheureusement un tradition politique de clivages forts et violents, où la politique, c'est d'abord l'affrontement et où à certaines époques, on tuait physiquement l'opposant. Les extrêmes baignent encore dans cette culture politique (1793 est toujours une référence à l'extrême gauche et 1789 est toujours honnie à l'extrême droite).

Au delà des simples aspects tactiques, qui sont indéniables, j'ose espérer que la politique d'ouverture de Sarkozy vise aussi à pacifier et moderniser la vie politique en faisant travailler ensemble membres de la majorité et membres de l'opposition, en donnant à l'opposition les moyens de faire son travail d'opposition, à savoir surveiller l'action de la majorité, en pointer les incohérences et les excès, et éventuellement être en mesure d'en limiter les effets. Habituer la majorité à devoir tenir compte de l'opposition et améliorer la force des contre-pouvoir sont des orientations politiques que j'approuve pleinement.