Un nombre de plus en plus important de personnalités du monde politique se reconvertissent comme avocats, soit pendant leur carrière politique, soit en fin de carrière, quand ils sortent de fonctions ou sont nettement sur leur déclin. La liste est très longue, à droite comme à gauche.

Cet afflux de nouveaux avocats me laisse très perplexe et pour tout dire, m'apparait suspect. Qu'est-ce qu'un homme politique, dont les études juridiques remontent parfois à Mathusalem (quand il en a fait) peut bien apporter à un cabinet d'avocat.

Certainement pas sa technicité juridique, car parmi les députés et anciens députés qui ont migré vers le barreau, aucun n'en a fait preuve dans l'hémicycle. D'ailleurs, quelle technicité peut-on avoir avec une licence de droit obtenue il y a 25 ans ? On pourrait arguer de leur pratique et de leur connaissance des rouages de l'Etat. On se rapproche de la réalité, mais aussi du problème.

Ceux qui arrivent dans ce métier vendent leur "carnet d'adresse" quand ce n'est pas leur influence. Nous approchons alors dangereusement des limites de la déonotologie, et pour certains, on doit se situer aux frontières du délit pénal. Quand, à l'instar d'un avocat bien connu dans le nord de la Seine-et-Marne, vous êtes à la fois avocat et important rouage de la majorité en place, la tentation est grande d'user de l'influence et la visibilité que vous procure la fonction politique dans le cadre de vos fonctions d'avocat. Il suffit, pour obtenir un rendez-vous, de décliner votre identité et d'oublier de préciser en quelle qualité vous sollicitez le rendez-vous. Il n'y a pas délit pénal, mais tout de même, cela met mal à l'aise. C'est franchement borderline. Cette confusion des genres est malheureusement trop courante, mais elle pose un problème déontologique grave lorsque vous utilisez votre statut d'élu de la Nation pour accomplir des actions qui ne sont pas de la compétence normale d'un élu, et qui sont susceptibles de générer un gain financier pour quelqu'un. Plaider la bonne foi, dans le cas de Jean-François Copé, homme intelligent s'il en est, relève du foutage de gueule.

Pourquoi choisir le statut d'avocat ? Apparemment, l'activité peut très bien être menée avec une simple boite de consulting. Alain Minc réussit très bien à naviguer dans ces eaux troubles avec pour seul support juridique "AMC" (Alain Minc Conseil). Sauf qu'Alain Minc n'a pas de mandat politique, et il n'est donc pas touché par les règles d'incompatibilité des élus. Il est en effet interdit à tout parlementaire de commencer à exercer une fonction de conseil qui n'était pas la sienne avant le début de son mandat. Toutefois, cette interdiction n'est pas applicable aux membres des professions libérales soumises à un statut législatif ou réglementaire... donc aux avocats ! C'est pour cela que Rachida Dati a renoncé à créer sa boite de conseil pour choisir finalement de s'inscrire au barreau.

Il y a manifestement ici une faille, un détournement manifeste des règles déontologiques, car les fonctions d'avocat sont devenues tellement polymorphes qu'elles permettent d'exercer une fonction de conseil déguisée. Un jour, il y aura un scandale, c'est à peu près certain. Ce serait quand même bien que l'on prenne conscience de cela et que l'on agisse avant que le scandale éclate pour colmater cette brèche déontologique. C'est devant ce genre de problème que l'on mesure le degré de pourriture déontologique, ou au contraire, le haut degré de moralité d'une élite. Car il est évident qu'au sommet, plus personne n'est dupe.