Justicier ordinaire était un procureur, qui bloguait de manière anonyme. Il vient de fermer son blog. Des gens qu'il avait quelque peu étrillé, de manière anonyme mais reconnaissable des initiés, l'avaient lues et n'avaient pas apprécié. Cela illustre parfaitement l'une des limites du blog.

Justicier ordinaire n'a sans doute pénalement commis aucune faute, mais ses écrits lui reviennent à la figure et peuvent lui causer des désagréments dans le cadre de son activité professionnelle. J'y suis d'autant plus sensible que j'ai (et je suis toujours susceptible de tenir) des propos peu amènes contre des personnes qui, si elles me démasquaient, auraient des moyens de me causer des désagréments professionnels. Si cela était très vrai au début, cela l'est moins, car il en faudrait beaucoup, vraiment beaucoup, pour que j'en subisse des répercutions professionnelles graves. Et ayant atteint un certain degré de notoriété, je suis à même du faire suffisamment de bruit pour que l'opération ne soit pas sans retour de flamme désagréable pour l'assaillant. Je suis donc assez serein, mais quand même...

Internet est un moyen de communication, qui offre des facilités, mais ne permet pas tout. Le blogueur a trop facilement tendance à oublier qu'il est lu, et accessible par tous, y compris ses proches, ses voisins de bureau, ses supérieurs hiérarchiques. Il ne faut jamais l'oublier et ça, c'est difficile, car quand on écrit, on est seul devant son ordinateur, sans personne pour relire, modérer les ardeurs, inciter à la prudence. On est tous pareils, on appuie sur "publier" moins de cinq minutes après voir fini de rédiger et on passe à autre chose. Le blog est un outil, mais il ne permet pas tout. Et heureusement, car nous sommes tous en situation d'être "attaqués" par un blogueur. Frédéric Mitterrand le dit de manière assez amère, mais il n'a pas tort sur le fond, même s'il met l'ensemble de ce qui se fait et se dit sur internet dans le même sac, sous le vocable "blogs", démontrant une méconnaissance malheureusement courante de ce monde.

On nous parle beaucoup de régulation, mais elle se fait déjà. Les outils existent, même s'ils sont parfois mal utilisés. C'est plus là qu'il faudrait agir, être vigilant et réactif que sur les grosses provocations d'un Lefebvre ou sur les usines à gaz législatives genre hadopi et LOPPSI qui servent à protéger des intérêts privés. D'autres se chargeront de les mettre politiquement et techniquement à mal (le Conseil constitutionnel a déjà mis une belle barrière). En tant que blogueur non spécialiste en informatique, à part relayer ce que d'autres font, je ne suis pas en première ligne. Chacun ses combats. Je préfère me concentrer sur ceux qui abusent de leurs droits, comme par exemple les responsables du site chau7.com qui ont, semble-t-il, grillé les étapes de la LCEN en zappant l'éditeur pour demander directement à l'hébergeur de fermer le site qui leur pose problème. L'exemple de H16 est caricatural : il n'y avait aucune diffamation, et l'éditeur n'aurait fait aucune difficulté pour répondre favorablement à la demande de la société qui se sentait lésée.

On ne peut pas tout faire et tout dire sur un blog. C'est bon parfois de le rappeler, pour mieux défendre nos droits quand ils sont réellement attaqués.