L'UMP vient de lancer un site, les créateurs de possible. Je suis allé voir et je me suis inscrit, par curiosité. L'idée de base m'apparait assez intéressante : mettre en relation des personnes souhaitant travailler sur un même projet, avec comme visée de le faire avancer concrètement, voire même aboutir.

Je passerai sur les commentaires divers et variés que j'ai pu lire ici ou là, qui ne valent pas tripette, tout simplement parce qu'il est impossible, deux jours après le lancement d'un tel site, de tirer le moindre bilan. Il y a l'outil, et il y a ce qu'en feront les utilisateurs. Viendront-ils ? utiliseront-ils l'outil conformément aux souhaits de ses créateurs ? En trouveront-ils d'autres usages ? Nul ne le sait, d'autant plus que l'outil est assez déroutant. Il se présente comme un média social, mais d'un genre nouveau, axé autour de projet et non pas de personnes. Nombre de commentateurs sont déroutés de ne pas pouvoir s'en servir comme forum de bavardage, à l'instar des autres outils qu'ils ont rencontré jusqu'ici. Ce n'est clairement pas le but.

L'idée de base est novatrice, car clairement, il n'est pas sorti grand chose d'internet jusqu'ici mis à part de vastes bavardages bruyants et stériles. Les rares exemples de projets constructifs tels que Wikipédia restent des projets purement internet et nécessitent des gros moyens largement hors de portées des seuls internautes français. Que certains tentent d'utiliser l'outil internet pour mener à bien des projets collectifs, ouverts et publics "dans la vraie vie" me parait une expérience intéressante et louable (même si elle n'est pas dénuée d'arrière-pensées). Reste à mettre du contenu, c'est à dire des projets qui tiennent la route et des utilisateurs sérieux, qui utilisent effectivement l'outil. Il y aura du déchet, c'est évident. Mais si quelques projets se montent ou progressent grâce à ce site, ce sera gagné, car finalement, l'indicateur de performance sur le long terme de créateurs de possible, ce n'est pas le nombre de projets proposés, mais le nombre de projets réalisés. Il n'y a pas derrière une logique financière poussant au nombre de pages vues et de clics.

Ce qui m'a un peu surpris, c'est que l'initiative vienne d'un parti politique. Connaissant leur fonctionnement, ce site m'est apparu en complet décalage : quelque chose de constructif et d'utile à tous qui serait produit par un parti politique, c'est possible ? Soit il y a une arnaque quelque part, soit le fonctionnement d'un parti a bien changé. Il y a sans doute des deux. Il doit y avoir au sein du parti un petit noyau novateur, qui a réussi à mener à bien un projet parce que les autres n'y comprenaient rien mais se sentaient obliger d'aligner l'argent. Mais derrière, je sens les arrière-pensées. L'outil est parfait pour le travail militant, pour le recrutement, en faisant venir les gens par des projets, des actions. Au début, on ne parle pas de carte à l'UMP, d'élections, de places à prendre (choses qui passionnent les militants mais font fuir les autres) mais actions concrètes. C'est un bon moyen pour des nouveaux de se faire connaitre positivement, de faire leurs preuves comme leaders. Cela peut être un véritable piège pour les hiérarques locaux, car c'est une voie d'ascension dont ils ne contrôlent pas les clés. Plus que les critiques de leurs projets, c'est le risque de voir émerger des concurrents de leur propre camp ayant fait leurs preuves qui pourrait déranger les élus UMP. le siège parisien jouerait la base contre les notables. Le contrôle de l'outil, par la mise en valeur de certains projets par rapport à d'autres, sera certainement exploité au mieux des intérêts de l'UMP.

Je n'ai pas encore arrêté mon jugement définitif sur l'intérêt de ce site et de sa démarche. Il peut finalement se révéler être un échec ou une déception, soit parce que mal conçu ou parce que n'ayant pas "rencontré son public" (par la faute du public ou de ceux qui gèrent et animent le site). Il est clair qu'il franchit une étape dans l'usage de l'internet. Le but est militant, mais rien n'interdit de le reproduire à plus petite échelle, sur des sujets plus ciblés et auprès des publics pertinents.