Etre français, c'est être révolutionnaire. Voilà ce que nous sort un grand intellectuel, Eric Cantona. Il n'a malheureusement pas tort, mais il devrait ajouter que c'est surtout être un révolutionnaire de salon.

Un journaliste suisse s'étonnait récemment des références que pouvaient encore faire des mouvements politiques de gauche, et notamment le PS, à la Commune.

Je crois volontiers, à sa suite, que l'attrait pour la Commune, et pour bien des mouvements historiques se rattachant à une utopie "socialisante" tient surtout du romantisme et d'un attachement sentimental à une utopie généreuse. Ce ne serait pas bien méchant si cela ne provoquait pas des blocages politiques. La situation au PS est emblématique de ce problème, le tiraillement entre l'absolu rêvé de la révolution et les nécessités terre-à-terre de la gestion provoquant une schizophrénie pas évidente à vivre et encore moins à expliquer. Où retrouve-t-on la Commune dans la pratique politique du PS ? Nulle part ! et pourtant, la référence est toujours là, avec un petit autel quelque part rue de Solférino, où tous les jours on renouvelle l'encens et les fleurs. Le piège se referme régulièrement car il existe toujours en France de vrais héritiers de la Commune, à savoir l'extrême gauche (à la gauche du PCF) qui elle, vit pleinement dans l'esprit d'anarchie et d'utopie irréaliste de la Commune. Et le drame, c'est qu'ils représentent un partie certes faible, mais non négligeable de la population (autour de 3 à 5%). Eux aussi rêvent, mais ne pratiquent pas, leur violence étant essentiellement verbale (les groupuscules violents d'extrême gauche, c'est de la gnognotte à coté des communards). Mais cela suffit à exercer une pression suffisante sur le PS pour qu'il soit incapable de trancher entre romantisme révolutionnaire et réalisme gestionnaire.

Finalement, l'esprit français, c'est ça. On se rêve révolutionnaire, mais on ne veut surtout pas pratiquer, ou alors au détriment des autres ! C'est quelque part un signe d'infantilisme, un refus de grandir et de prendre ses responsabilités. J'y vois une séquelle de l'absolutisme, car en s'écroulant très rapidement, n'a pas pas permis un vrai apprentissage de la démocratie, qui demande forcement du temps. La présence d'une extrême gauche forte, c'est le signe d'une mauvaise acclimatation de la démocratie.