Un drame agite la petite communauté des historiens : on va rendre l'histoire-géo optionnelle en terminale S. En première ligne pour dénoncer cette atteinte intolérable à la démocratie, les professeurs d'histoire-géo. Vous pensez bien, ça fait des heures en moins, donc des postes en moins, et donc une perte de "prestige symbolique", pour parler bourdieusien. C'est donc intolérable. Mais comme on ne peut pas présenter les choses comme cela, on tente d'habiller cette protestation corporatiste en défense de l'intérêt des élèves (qui soit dit en passant, s'en foutent complètement de l'histoire géo en terminale S).

Le grand argument, c'est la nécessité de préserver un "enseignement à la citoyenneté" que remplit l'histoire-géo. C'est à la fois vrai et pas convainquant dans ce cas de figure.

Oui, l'histoire est un enseignement qui ne doit pas disparaitre car elle permet de prendre du recul sur l'actualité, d'acquérir une perspective, une "épaisseur" citoyenne. En plus, cela permet d'avoir une culture générale qui est souvent ce qui fait la différence au moment des entretiens d'embauche. Mais ce qui compte, c'est d'avoir fait de l'histoire pendant sa scolarité et là, le ministre a pris position pour un renforcement des horaires d'histoire en classe de Première. Que cela soit optionnel en terminale S n'a pas tellement d'importance, car les élèves de terminale ne s'intéressent qu'aux matières à fort coefficient. Autant vous dire que l'histoire ou la philo, c'est quand on a le temps ou que l'on aime ça. En terme de pur bachotage, ce n'est pas rentable. Cette réforme prend donc acte d'un état de fait.

Il faut aussi relativiser le rôle que peut avoir une matière scolaire dans la formation des jeunes. Tout dépend du prof, qui s'il est passionnant, peut faire bien plus qu'un prof médiocre. Et surtout, il n'y a pas que l'école qui assure la formation des jeunes. L'école est là pour instruire, mais l'éducation revient aux familles. C'est aussi aux parents de prendre leurs responsabilités et de former leurs enfants, notamment à la citoyenneté ! L'école ne peut pas tout faire et ne doit pas tout faire. Je crois que c'est important à rappeler.

Enfin, cette réforme n'est pas là pour sanctionner l'histoire, mais pour renforcer l'enseignement en Sciences, qui est un vrai problème. La désaffection des jeunes pour les formations universitaires scientifiques est de plus en préoccupante. Dans la compétition internationale, nous sommes en train de prendre du retard car dans bien des disciplines scientifiques, la relève ne sera pas là ! Il est donc urgent de renforcer l'enseignement scientifique et de faire de la filière S une vraie voie d'entrée vers les études scientifiques, et non pas ce qu'elle actuellement, une filière "d'excellence" qui mène à tout, et donc pas nécessairement aux sciences. Si on veut faire Science-po, c'est en ES qu'il faut aller, pas en S !

Cette réformette ne mérite donc pas le traitement qui lui est accordée. Ses effets, positifs ou négatifs, seront finalement assez limités. Sauf peut-être pour les professeurs d'histoire-géo qui la vivent comme une atteinte à leur prestige et à leur place dans le système éducatif.