Finalement, c'est Bernard Accoyer qui s'y colle pour désigner les deux euro-député supplémentaires que la France doit désigner au plus vite.

Les mots me manquent pour qualifier cette vaste pantalonnade qui couvre la France de ridicule devant toute l'Europe. J'ai vraiment l'impression d'un élève qui n'a pas fait son devoir et sort une excuse énorme, tellement énorme qu'on aurait envie d'éclater de rire (c'est sans doute ce que les autres pays vont faire d'ailleurs). On savait qu'on aurait deux euro-députés supplémentaires, on avait tout le temps de trouver une solution à la fois consensuelle et démocratique.

Et bien non, ce ne sera ni consensuel, ni démocratique. Cela se fera...

Tiens au fait, oui, comment est ce que ça va se faire ? La loi est muette là dessus.

Première solution : Amstramgramme, pique et pique et collégramme. Le tirage au sort est un mode de désignation finalement assez acceptable. Pas de contestation possible. Mais cela ne marchera pas, car pourquoi se limiter aux députés nationaux pour cette désignation ? Je sais bien que jusqu'en 1979, c'étaient les députés qui siègaient au Parlement européen, en plus de leur mandat. C'est encore le cas pour l'assemblée parlementaire de l'OTAN ou celle du conseil de l'Europe. Mais c'est quand même un peu léger comme base légale pour une telle restriction du droit à candidater.

Deuxième solution, le PS et l'UMP désignent leur candidat. Chacun se démerde en interne, donne un nom et Accoyer signe le papier. Démocratiquement, c'est très très limite. Quelle légitimité pour les deux députés ainsi désignés ? Aucune. La cooptation n'est pas ce qui se fait de mieux. Et il risque d'y avoir un léger souci avec les groupes Nouveau Centre et Communiste. Après tout, pourquoi pas eux, puisque le gouvernement a dit un député de la majorité et un autre de l'opposition.

Troisième solution, renvoi de la patate chaude au gouvernement, prié de prendre ses responsabilités. On a bien déclaré une commission d'enquête irrecevable, ça ne devrait pas être trop difficile de trouver une excuse pour un retour à l'envoyeur. Encore faut-il que Bernard ait le courage de déplaire au gouvernement. Pas gagné.

Je ne vois pas comment il va s'en sortir. Et j'ai comme l'impression que lui non plus, ne le sait pas...

Au final, on risque de laisser deux sièges d'euro-députés vacants, car même si deux noms sortent du chapeau, les "heureux élus" restent députés nationaux ne seront qu'observateurs au parlement européen. Ils ne pourront devenir pleinement députés européens qu'après une modification de la loi de 1977, qui créera, après coup, la procédure ad hoc pour valider leur nomination. Je n'aimerais pas être le ministre qui se trouvera au banc lors de l'examen de ce texte...