Les suisses viennent d'adopter, à une large majorité, l'interdiction de la construction de minarets. Pour la droite populiste, un minaret, c'est la visibilité, donc l'occupation du domaine public, donc une revendication politique du pouvoir. Et pour les Suisses, visiblement, que les musulmans puissent avoir un poids politique est inacceptable.

Les Suisses sont xénophobes. On y aime guère l'étranger, sauf s'il a beaucoup de pognon qu'il dépense en Suisse. Et encore, même riche, pas question de lui donner la nationalité. Je sais, je suis dur et injuste, mais c'est vraiment ce que je ressent envers les suisses. D'ailleurs, ils viennent une fois de plus de donner les verges pour se faire battre. Ce vote n'est donc pas une surprise. Il pose quand même des questions qui vont rebondir chez nous, car la question qu'ils se sont posé, à savoir la place politique des musulmans, elle se pose aussi en France. Sauf que nous n'osons pas la poser clairement et franchement, laissant ainsi le champ ouvert au FN, qui la pose depuis 25 ans en y apportant ses réponses.

Et pourtant, ce débat est nécessaire : quelle place accordons nous à l'étranger ? C'est une question que nous ne pouvons pas laisser sans réponse, car il faut trancher, agir. Et pourtant, nous tergiversons et laissons ce terrain en friche. Cela arrange d'ailleurs beaucoup de gens qui ont leurs réponses (et pas seulement l'extrême droite), et qui ne voudraient surtout pas avoir à les proposer dans un vrai débat public, car elles seraient sans doute rejetées ou sérieusement amendées. Alors on bricole, on passe en force, on biaise le débat en posant de mauvaises questions (le port de la burqa par exemple) dont on connait la réponse, car on sait tous que la réponse est inscrite dans la question.

Certains diront qu'il vaut mieux, pour la paix civile, ne pas poser un débat. C'est une illusion, car le débat a quand même lieu, mais de manière violente et non démocratique, par des séries d'initiatives spectaculaires, à coup d'opérations médiatiques et de réponses idéologiques outrancières. Entre les bienpensants du droitsdel'hommiste, qui attaquent à l'arme lourde, stigmatisant ceux qui oseraient imaginer qu'un tel débat puisse être posé et l'extrême droite, trop heureuse de l'aubaine et qui en rajoute dans la provocation, le juste milieu est atomisé. Dans tout ça, les victimes, ce sont les étrangers, ceux qui aimeraient s'intégrer (qu'ils aient des papiers ou pas) et qui ne savent à quelle sauce ils vont être mangés. Un coup ils sont aidés, la fois suivante jetés au trou. On les pourchassent, mais on a besoin d'eux et finalement, un bon nombre arrive à rester. Bref, il n'y a pas de ligne politique claire sur cette question, ce qui est pire que tout.

On reconnait une démocratie en bonne santé à sa capacité à bien poser et à bien mener les débats difficiles, ceux où les désaccords sont profonds et où on sait que ça va castagner. Quelque part, la démocratie suisse est en meilleure santé que la française. Même si le débat a été mal posé, il l'a été. On peut regretter le choix qui a été formulé, mais il est clair et sans ambigüité. Reste une dernière étape pour vérifier la bonne santé de la démocratie suisse : comment les opposants vont ils encaisser ce résultat ?